Une seule ligne montée sur canne : voilà le chiffre qui condamne la plupart des sorties truite mal préparées. Dans les eaux de première catégorie, c’est-à-dire les rivières où la truite domine, la règle nationale de base autorise une seule ligne par pêcheur, contre jusqu’à quatre en deuxième catégorie sur les rivières de plaine. Dans un cours d’eau classé en 1ère catégorie, une seule ligne est autorisée. En 2ème catégorie, jusqu’à 4 lignes sont possibles. Ce détail, noyé dans des pages d’arrêté que personne ne lit vraiment, fait pourtant toute la différence entre une matinée tranquille et un procès-verbal qui gâche la sortie.
À retenir
- Le nombre de lignes autorisées varie radicalement selon la catégorie piscicole du cours d’eau et le département
- Deux rivières voisines peuvent appliquer des règles totalement différentes, même à quelques kilomètres d’écart
- Dépasser le nombre de lignes coûte bien plus cher qu’on ne l’imagine : contravention + indemnité civile jusqu’à 300 euros
Le chiffre qui change tout selon la rivière
Ce qui rend cette règle piégeuse, c’est qu’elle n’est jamais figée. Le nombre de lignes autorisées dépend de la catégorie piscicole du cours d’eau, et cette classification est fixée département par département. La classification est fixée par arrêté préfectoral pour chaque département. Deux rivières voisines, séparées de quelques kilomètres, peuvent ainsi appliquer des règles totalement différentes selon leur peuplement dominant.
Un exemple concret suffit à illustrer le principe. En Meurthe-et-Moselle, les membres des associations agréées peuvent pêcher jusqu’à quatre lignes dans les eaux de 2e catégorie et à une ligne dans les eaux de 1re catégorie appartenant au domaine public. Même logique dans le Nord, où dans les eaux de 1ère catégorie, une seule ligne, montée sur canne et munie de deux hameçons au plus, est autorisée par pêcheur, tandis qu’en 2ème catégorie, le nombre de lignes autorisé par pêcheur est limité à quatre. J’ai vu plus d’un pêcheur débarquer avec sa canne au toc, sa canne à la mouche et un troisième lancer léger « juste au cas où », persuadé que la règle des quatre lignes s’appliquait partout. Sur un torrent à truites, c’est l’infraction assurée.
Le nombre exact varie même à l’intérieur d’un même département selon le plan d’eau. En Ariège, par exemple, l’emploi de deux lignes est également autorisé dans certains plans d’eau de première catégorie, notamment tous les lacs de montagne situés à une altitude supérieure à 1 000 m. Sur le domaine public fluvial du même département, deux lignes sont autorisées alors qu’ailleurs sur le même bassin, une seule reste la règle. Dans les Pyrénées-Orientales, la situation se corse encore : selon les secteurs, on trouve une seule ligne, deux possibles avec l’option 2ème canne pour certains lacs, ou trois lignes équipées de deux hameçons au maximum. Ce genre de dérogation locale explique pourquoi tant de pêcheurs, habitués à un secteur, se font piéger en changeant simplement de vallée.
Pourquoi cette limite existe (et ce qu’elle protège vraiment)
La logique derrière ce chiffre n’a rien d’arbitraire. Une rivière à truites première catégorie abrite généralement une biomasse plus fragile, des populations sauvages qui se reproduisent lentement, et une pression de pêche potentiellement forte sur des linéaires souvent étroits. Limiter le nombre de lignes par pêcheur, c’est limiter mécaniquement la pression de capture et éviter qu’un seul pêcheur monopolise plusieurs postes à la fois sur un cours d’eau où l’espace est compté. C’est aussi une question de sécurité et de respect du voisinage : sur un petit ruisseau encaissé, quatre lignes déployées par la même personne, c’est autant de risques d’accrochage avec les autres usagers.
Le principe se double d’une autre contrainte technique tout aussi structurante : chaque ligne doit rester à portée de main. Les lignes doivent être disposées à proximité du pêcheur, une exigence qui vaut aussi bien en première qu’en deuxième catégorie. Poser sa canne sur un support à vingt mètres pendant qu’on va explorer un autre poste en amont, même avec une seule ligne autorisée, constitue déjà une entorse au règlement.
Ce que coûte réellement l’excès de lignes
Le porte-monnaie tranche là où la théorie reste floue. Le non-respect du nombre de lignes autorisées relève d’une contravention, et certaines fédérations appliquent un barème précis par infraction constatée. Dans la Loire par exemple, l’indemnité civile réclamée atteint 300 euros pour les contraventions de 4ème classe, avec un supplément de 30 euros par poisson ou ligne surnuméraire. Concrètement, pêcher à deux lignes sur un secteur qui n’en autorise qu’une ne coûte donc pas le prix d’une ligne oubliée, mais celui d’une infraction pleine, majorée.
Ce montant s’ajoute au cadre général des sanctions en eau douce, où le non-respect des tailles minimales, des quotas ou des périodes de fermeture est sanctionné par des amendes pouvant aller de 22 euros à 22 500 euros en cas d’infraction grave. Entre ces deux extrêmes, la réalité du terrain ressemble plutôt à ce que vivent les fédérations locales : un garde-pêche qui verbalise, une amende forfaitaire de quatrième classe, et souvent une indemnité civile réclamée en parallèle par l’AAPPMA gestionnaire du parcours. Certaines fédérations, comme celle du Rhône, ont même formalisé un accord avec le parquet pour que le règlement de cette indemnité éteigne les poursuites pénales, sauf récidive ou infraction grave.
Un réflexe simple avant de partir pêcher
La seule parade fiable reste de vérifier l’arrêté préfectoral annuel de son département avant chaque sortie, et pas seulement en début de saison. Ces arrêtés sont revus chaque année et publiés par les fédérations départementales, qui détaillent aussi les exceptions par secteur, plan d’eau ou parcours classé. Un détail mérite d’être gardé en tête : la classification piscicole elle-même peut évoluer d’une année sur l’autre sur certains tronçons, notamment après des travaux de restauration de continuité écologique qui modifient le peuplement dominant. Le meilleur réflexe du pêcheur prudent reste donc celui qui consulte, avant de monter ses cannes, la carte des catégories piscicoles de sa fédération plutôt que de se fier à sa mémoire de la saison précédente.
Sources : peche66.org | macartepeche.com