Relâcher un poisson-chat devant un garde-pêche n’est pas un simple geste de sportivité version no-kill : c’est une infraction qui peut coûter très cher. Depuis que cette espèce figure sur la liste des poissons exotiques envahissants, la remettre à l’eau vivante expose le contrevenant à des poursuites qui se terminent parfois devant un tribunal, avec des montants qui font taire une salle entière.
La scène a de quoi surprendre le pêcheur lambda habitué à relâcher ses prises par respect de la ressource. Un poisson-chat au bout de la ligne, un geste réflexe pour le remettre dans le courant, et voilà l’infraction constatée sous les yeux d’un agent assermenté. Ce n’est pas une anecdote isolée : la réglementation sur cette espèce a changé en profondeur ces dernières années et beaucoup de pêcheurs, même expérimentés, l’ignorent encore.
À retenir
- Un pêcheur a découvert que son geste sportif était une infraction grave avec des conséquences financières dramatiques
- Le poisson-chat figure sur la liste des espèces exotiques envahissantes : sa remise à l’eau vivante est formellement interdite
- Les montants des amendes au tribunal peuvent atteindre des chiffres qui surprennent même les spectateurs de l’audience
Pourquoi le poisson-chat n’a plus droit à une seconde chance
Le cadre juridique est sans ambiguïté sur ce point précis. Il est interdit de relâcher vivant un poisson chat, une perche soleil, une gambusie et un pseudorasbora. Cette liste nationale, fixée par un arrêté ministériel, ne concerne en pratique qu’un nombre restreint d’espèces présentes dans nos eaux, mais le poisson-chat en fait partie depuis longtemps déjà.
Certaines fédérations départementales rappellent cette règle noir sur blanc à leurs adhérents. Sur la liste des espèces exotiques envahissantes figurent la perche soleil, le poisson-chat, le pseudorasbora et le goujon de l’amour, et seules ces espèces ne peuvent en aucun cas être remises à l’eau après capture. un brochet trop petit, une carpe, un silure : tout cela peut retrouver la rivière sans souci. Le poisson-chat, non. La logique derrière cette interdiction est écologique : cette espèce originaire d’Amérique du Nord colonise les milieux, se reproduit vite et concurrence les espèces autochtones pour la nourriture et les frayères. La science est claire sur ce déséquilibre biologique, même si certains observateurs de terrain notent que ses populations tendent parfois à se stabiliser naturellement dans certains cours d’eau.
Ce qui rend la situation piégeuse, c’est que la loi a beaucoup bougé. Depuis la loi Biodiversité de 2016, la remise à l’eau immédiate est permise et il n’est plus fait obligation aux pêcheurs de tuer ces poissons pour la grande majorité des espèces. Mais cette tolérance générale ne s’applique justement pas aux espèces classées comme exotiques envahissantes au niveau européen, et le poisson-chat coche cette case depuis l’entrée en vigueur du règlement communautaire sur les espèces invasives.
Des amendes qui grimpent vite quand l’affaire finit au tribunal
Le montant qui « glace la salle » dans ce type d’audience ne sort pas de nulle part : le Code de l’environnement prévoit des sanctions financières sérieuses pour ce genre d’infraction. L’article L432-10 du Code de l’environnement prévoit une amende de 9 000 € pour le fait d’introduire sans autorisation dans les eaux des poissons qui n’y sont pas représentés. Ce texte, historiquement pensé pour l’introduction d’espèces nouvelles dans un milieu, peut aussi s’appliquer par extension à la réintroduction d’une espèce interdite de remise à l’eau, selon l’interprétation retenue par les agents constatant l’infraction.
D’autres textes, plus spécifiquement rattachés à la pêche en eau douce, fixent des montants tout aussi dissuasifs. Le fait de pêcher, à l’aide d’engins ou d’instruments prohibés, des poissons de certaines espèces, est passible d’une amende de 3 750 euros. Ces contraventions de cinquième classe, les plus lourdes du barème pénal français hors délit, expliquent pourquoi un simple geste de remise à l’eau peut se transformer en cauchemar financier pour le contrevenant. Le tribunal garde d’ailleurs une marge d’appréciation : il peut retenir le montant maximum si l’infraction est jugée délibérée, ou moduler la sanction selon les circonstances, la bonne foi invoquée, ou les antécédents du pêcheur.
Il faut aussi distinguer deux logiques de sanction qui se cumulent parfois. D’un côté, l’amende pénale prononcée par la justice. De l’autre, une indemnité civile réclamée par les fédérations de pêche elles-mêmes. Tout procès-verbal dressé par un agent compétent expose le contrevenant à deux sanctions : une amende forfaitaire pénale et une indemnité civile forfaitaire. Dans certains départements, un accord avec le parquet permet d’éteindre les poursuites pénales si l’indemnité civile est réglée rapidement à la fédération concernée, ce qui explique pourquoi tous les dossiers ne finissent pas devant un juge.
Ce que tout pêcheur devrait vérifier avant de lancer sa ligne
La confusion règne souvent autour de cette espèce précisément parce que les pratiques varient selon les territoires. Certaines fédérations imposent la mise à mort systématique du poisson-chat comme espèce jugée nuisible localement, tandis que d’autres se contentent d’appliquer la règle nationale d’interdiction de remise à l’eau vivante. Dans tous les cas, le réflexe à adopter reste le même : se renseigner auprès de l’AAPPMA locale ou de la fédération départementale avant d’aller taquiner le poisson-chat, surtout dans les secteurs où il pullule (bassins de la Loire, de la Saône, certains canaux du Nord et de l’Est).
Une nuance mérite d’être connue de tous les pratiquants du no-kill : la tolérance de la loi Biodiversité concerne la remise à l’eau immédiate, pas le fait de garder le poisson vivant dans un seau pour l’observer ou le montrer avant de le relâcher plus tard. Il faut faire attention aux enfants qui promèneraient ces poissons en vie dans des seaux, car même si une verbalisation est peu probable, il s’agit néanmoins d’une infraction. Un détail qui paraît anodin sur la berge, mais qui peut, lui aussi, se retrouver consigné dans un procès-verbal si un garde passe au mauvais moment.
Sources : peche-poissons.com | peche-assistant.fr | peche-saone-et-loire.fr