Je pêchais la carpe de nuit en relâchant chaque prise pour être en règle : un garde-pêche m’a montré que le no-kill ne changeait absolument rien à l’infraction

Le garde-pêche avait raison, et sa phrase résume tout : sur un plan d’eau non classé « carpe de nuit », relâcher chaque poisson ne change strictement rien à l’infraction. On peut être le pêcheur le plus respectueux du monde, remettre chaque carpe à l’eau avec la délicatesse d’un chirurgien, l’infraction reste consommée dès l’instant où l’on tend une ligne après le coucher du soleil sur un secteur qui n’y est pas autorisé. C’est cette confusion, entre éthique personnelle et cadre légal, qui coûte le plus de PV aux carpistes chaque année.

À retenir

  • Pourquoi un pêcheur scrupuleux peut se faire verbaliser malgré une éthique irréprochable
  • La ligne administrative invisible qui sépare l’infraction de la légalité dans le noir
  • Ce que les fédérations départementales oublient de préciser chaque année

La pêche de nuit est interdite par défaut, la carpe en est l’exception encadrée

La règle générale surprend souvent les débutants tant elle est peu intuitive : en France, il est interdit de pêcher la nuit. L’article R436-13 du Code de l’environnement est clair : la pêche ne peut s’exercer que de 30 minutes avant le lever du soleil à 30 minutes après le coucher du soleil, et cette règle s’applique à toutes les espèces et toutes les techniques. Aucune exception liée au comportement du pêcheur, à sa carte ou à ses bonnes intentions.

La carpe bénéficie d’un régime dérogatoire, mais ce régime est territorialement verrouillé. Toutefois, le préfet peut, par arrêté, autoriser la pêche de la carpe à toute heure dans les parties de cours d’eau et de plans d’eau de 2e catégorie piscicole et pendant une période qu’il détermine. Concrètement, cela signifie que chaque département dresse sa propre carte des secteurs autorisés, et que ces listes changent parfois d’une année sur l’autre. La pêche de la carpe de nuit est réglementée, et un arrêté préfectoral fixe, chaque année, les lots de pêche autorisés pour cette pratique de nuit dans le département. Un étang qui était ouvert l’an dernier peut très bien avoir disparu de l’arrêté cette saison, sans qu’aucun panneau ne le signale clairement sur place.

J’ai vu des carpistes chevronnés se faire surprendre sur des portions de rivière situées à quelques centaines de mètres seulement d’un parcours officiellement classé. La ligne administrative ne se voit pas dans le noir, et c’est bien tout le problème.

Le no-kill n’est pas une autorisation, c’est une obligation supplémentaire

Voilà le nœud de la méprise. Beaucoup de pêcheurs pensent que le fait de relâcher systématiquement leurs prises constitue une sorte de laissez-passer moral, presque légal. Or le no-kill n’est qu’une condition parmi d’autres, imposée en plus du reste, jamais un substitut à l’autorisation de pêcher à cet endroit et à cette heure. La pêche de la carpe de nuit est autorisée sur des parcours définis par arrêté préfectoral, et elle se pratique exclusivement en no-kill : les carpes capturées durant la nuit doivent obligatoirement être remises à l’eau vivantes dans leur milieu.

Le garde-pêche qui contrôle une session nocturne ne vérifie pas d’abord si vous relâchez vos poissons. Il vérifie si vous êtes sur un tronçon classé. Le no-kill n’entre en jeu qu’une fois cette première condition remplie. C’est un peu comme rouler à vélo sans casque sur une piste cyclable interdite aux vélos : porter le casque n’annule pas l’interdiction de circuler là.

Cette hiérarchie des obligations se retrouve aussi dans les textes qui encadrent le matériel et les appâts. Sur ces parcours spécifiques, le no-kill est obligatoire de nuit, seuls les appâts végétaux sont autorisés, et l’abri doit être discret et facilement démontable. Toutes ces règles s’empilent, elles ne se remplacent pas. Et certains départements ajoutent encore une couche d’exigences propres, comme une carte de pêche spécifique. La pêche de la carpe de nuit ne peut pas se pratiquer avec des cartes de pêche journalières dans certains secteurs, ce qui piège régulièrement les pêcheurs de passage venus tester un coin pour un week-end.

Ce que risque réellement le pêcheur pris en défaut

L’amende n’a rien de symbolique. Le maintien en captivité ou le transport d’une carpe pendant les heures nocturnes constitue une infraction spécifiquement sanctionnée. Est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 3e classe le fait de ne pas respecter les prescriptions relatives au maintien en captivité et au transport des carpes. À cela s’ajoute, séparément, l’infraction liée au simple fait de pêcher hors des heures légales sur un secteur non désigné, sanctionnée elle aussi comme contravention au titre du Code de l’environnement.

D’autres règles, moins connues, viennent compléter le tableau et méritent d’être gardées en tête avant de planter le bivouac au bord de l’eau. Le transport de carpes vivantes de plus de 60 cm est interdit en France, une interdiction inscrite à l’article L436-16 du code de l’environnement qui vise à lutter contre le trafic de poissons entre plans d’eau. Et sur les parcours autorisés, l’obligation ne se limite pas au no-kill : depuis une demi-heure après le coucher du soleil jusqu’à une demi-heure avant son lever, aucune carpe capturée par les pêcheurs amateurs aux lignes ne peut être maintenue en captivité ou transportée.

La bonne nouvelle, c’est que vérifier sa position légale prend cinq minutes avant de partir. Chaque fédération départementale publie la liste actualisée des parcours carpe de nuit, généralement accompagnée d’une carte et du texte de l’arrêté préfectoral en vigueur. Ce réflexe, aussi rébarbatif qu’il paraisse un vendredi soir avant de charger le matériel dans la voiture, évite bien des soirées gâchées par un procès-verbal. Un détail mérite d’être signalé : certains arrêtés suspendent temporairement la pêche de nuit sur des périodes précises, souvent au printemps pour protéger la reproduction, ce qui ferme des secteurs pourtant classés à l’année. Un parcours autorisé en janvier peut donc redevenir strictement interdit fin avril, sans que la carte annuelle ne le mentionne toujours à jour.