La fin de saison, c’est le moment où l’on fourre tout dans les boîtes avec un certain soulagement, les poissons de l’été encore en mémoire. Les leurres durs s’entassent pêle-mêle, les souples restent dans leur jus de sel, les boîtes claquent. Et six mois plus tard, au printemps, on ouvre le coffre avec l’enthousiasme du premier jour, pour découvrir une boîte de ferraille marron et des plastiques déformés qui ressemblent à des œuvres d’art contemporain.
C’est exactement ce qui m’est arrivé, jusqu’au jour où un vieux pêcheur du bord de Loire m’a regardé ranger mes affaires après une belle session de fin septembre. Il a rien dit tout de suite. Il m’a juste laissé faire. Puis, avant que je referme le couvercle, il a posé son index sur un triple encore humide et m’a dit : « Tu viens de planter une petite mine dans ta boîte. »
À retenir
- Un hameçon rouillé peut contaminer tous les autres leurres de la boîte en quelques mois
- Les leurres souples écrasés restent déformés et nagent de travers toute la saison suivante
- L’entretien doit commencer au bord de l’eau, pas six mois plus tard à l’ouverture du coffre
La rouille ne frappe pas là où on la voit
La rouille devient un problème sur les hameçons une fois que la session est terminée et qu’on range les leurres dans les boîtes. Toute humidité laissée sur un hameçon peut déclencher la corrosion, et cette rouille peut se propager comme une traînée de poudre aux autres hameçons, endommager les leurres et laisser une tache brune dans toute la boîte. Voilà ce que je faisais sans le voir : je créais un environnement parfait pour que tout s’abîme ensemble.
Un hameçon même très légèrement rouillé peut se dégrader très rapidement s’il n’est pas nettoyé. Il doit être placé à l’écart des autres hameçons, surtout s’ils sont neufs, pour éviter que la rouille ne se répande et ne contamine pas tous les leurres. Le mot « contamination » est fort, mais il est juste. J’avais perdu deux poissons nageurs à vingt-cinq euros l’unité cette saison-là, les triples cassés net à la ferrade. Ils avaient l’air corrects en surface. En dessous, c’était du biscuit.
Pour les pêcheurs en mer, l’enjeu est encore plus brutal. Le rinçage du matériel est capital quand on pêche en eau salée. Le sel est le pire ennemi d’un grand nombre de matériaux qui composent moulinets, cannes et leurres, et doit être retiré rapidement après chaque sortie. En eau douce, la dégradation est plus lente, mais le principe reste identique : l’humidité emprisonnée dans une boîte fermée travaille pendant tout l’hiver.
Ce que les souples subissent en silence
Un leurre souple stocké trop longtemps écrasé ou plié reste tordu une fois sorti de la boîte. Sa déformation peut nuire à la qualité de sa nage. On pêche donc des mois avec un shad qui ondule de travers, sans comprendre pourquoi les carnassiers décrochent à vue. La bonne nouvelle : on peut récupérer un souple déformé et lui redonner une nouvelle jeunesse en l’immergeant dans de l’eau bouillante. Quelques secondes suffisent, la matière reprend sa forme initiale. Mais c’est dix fois plus simple de ne pas créer le problème.
Pour les shads en particulier, il faut les stocker dans une boîte où les compartiments sont assez grands pour que le leurre ne soit pas recourbé, à l’abri du soleil et en séparant les couleurs, sous peine de retrouver des mélanges de teintes involontaires qui n’ont jamais fait partie de votre palette. Les leurres foncés déteindent sur les clairs, et une chatterbait chartreuse transformée en kaki olive, c’est rarement le résultat recherché.
Il y a aussi la question des attractants. Pour les leurres salés type Keitech, il faut penser à retirer les têtes plombées après utilisation et à les rincer à l’eau claire pour éviter leur corrosion. Le sel mélangé à l’huile d’attractant crée une pâte agressive qui attaque le plomb et l’acier bien plus vite qu’une simple eau de rivière.
Le protocole du bord de l’eau, pas de la cave
Ce que m’a appris ce vieux pêcheur ce soir-là, c’est que l’entretien commence avant de rentrer chez soi, pas six mois après. Le premier réflexe est de toujours séparer les leurres utilisés durant la session de ceux qui ne l’ont pas été, en disposant d’une boîte dédiée pour les leurres mouillés. Ranger des leurres ayant été en contact avec l’eau salée dans une boîte propre risque de polluer tous les autres leurres non utilisés.
Le nettoyage lui-même n’a rien de compliqué. Pour bien rincer les leurres avant un rangement prolongé, il faut éliminer le sel qui s’est infiltré partout. Un premier rinçage rapide sous le robinet, puis un trempage dans un peu d’eau tiède avec quelques gouttes de liquide vaisselle pendant une demi-heure. Les tensioactifs du détergent vont chercher le sel dans les moindres recoins. Après un dernier rinçage et un séchage à l’air libre, les leurres peuvent être rangés sans aucune trace de rouille.
Il faut également éviter de faire sécher les leurres directement au soleil. L’exposition prolongée aux rayons ultraviolets dégrade la peinture, durcit le plastique et finit par modifier la nage naturelle du leurre. Un séchage à l’ombre, sur un chiffon sec ou du papier absorbant, est la méthode la plus sûre pour préserver leur aspect.
Pour les taches de rouille déjà installées, une parade maison fonctionne bien. Il suffit de laisser tremper les leurres une nuit dans un mélange de vinaigre blanc et de sel, puis de les frotter délicatement à la brosse à dents pour leur redonner tout leur éclat. Cette méthode n’agit que sur les traces superficielles. Pour les anneaux brisés et les triples bien trop attaqués, il faut procéder au changement, sous peine de perdre un gros poisson dans les mois à venir.
Le rangement hivernal, rituel de reconquête
L’entretien du matériel de pêche et des leurres doit être effectué en hiver, et non au printemps. Le sel endommage hameçons et leurres, rendant nécessaire une maintenance rigoureuse pour bien démarrer la saison printanière. Attendre mars pour ouvrir les boîtes, c’est laisser cinq mois de travail à la corrosion.
La révision hivernale, c’est aussi le moment de réfléchir au remplacement des hameçons. C’est l’occasion d’utiliser des hameçons simples sur certains leurres : on abîme moins la gueule du poisson en cas de remise à l’eau et le ferrage est plus efficace, avec en bonus une réduction des emmêlements dans l’épuisette.
Pour l’humidité résiduelle dans les boîtes fermées, la meilleure méthode consiste à ajouter deux ou trois sachets de gel de silice dans chaque boîte. Ces petits sachets qu’on jette d’habitude au fond d’un tiroir sont, dans ce contexte, les meilleurs alliés d’une boîte de leurres saine.
Côté stockage, il faut privilégier des pièces de la maison où la température est la plus stable tout au long de l’année, pour éviter que la chaleur de l’été ne fasse fondre des plastiques ou que l’humidité de l’hiver ne crée des moisissures et une oxydation. Le garage non isolé, avec ses écarts de dix-huit degrés entre décembre et juillet, est probablement l’endroit le pire qui soit pour une boîte de poissons nageurs.
Ce vieux pêcheur m’a aussi montré une astuce que je n’aurais jamais trouvée seul : retourner la tresse de son moulinet double sa durée de vie. Au cours des sorties, les derniers mètres de tresse s’effilochent et deviennent des points de faiblesse qui, tôt ou tard, font perdre un beau poisson ou des leurres. Retourner la bobine, c’est offrir une seconde vie à la partie encore intacte. Quarante secondes de travail, une saison gagnée.
Sources : jour-de-peche.fr | peche.com