Trois boîtes jetées en vrac dans un coin du garage. Printemps entier à courir les sessions sans prendre le temps de ranger correctement. Et puis ce matin de juin, l’inventaire, ce moment de vérité que tout pêcheur finit par affronter. Deux minutes chrono pour comprendre l’étendue des dégâts. Des triples orange de rouille, des leurres souples soudés les uns aux autres comme une masse informe, un shad jadis chartreuse devenu vert bouteille après avoir passé l’hiver au contact d’un voisin de couleur. Le matériel accumulé sur plusieurs saisons, abîmé en quelques mois de négligence.
À retenir
- Un seul hameçon rouillé peut contaminer toute une boîte de leurres en quelques mois
- Certains leurres souples fondent au contact les uns des autres selon leur composition chimique
- Des gestes de prévention d’une minute épargnent jusqu’à 150€ de matériel à remplacer chaque saison
La rouille : un ennemi qui se propage en silence
Toute humidité laissée sur un hameçon dans une boîte de pêche peut faire rouiller ce hameçon, et la rouille peut se propager à d’autres hameçons, endommager les leurres et laisser une tache brune désagréable. C’est exactement ce qui se passe quand on range une boîte sans avoir pris le temps de sécher le matériel après la session. Il ne suffit que d’un seul hameçon rouillé pour faire rouiller toute une boîte. Un seul. Pas cinq, pas dix. Un.
Les leurres durs coûtent en moyenne entre 20 et 30 euros, et c’est toujours avec un certain temps de réflexion que l’on procède à leur achat. Quand on additionne mentalement le nombre de poissons nageurs perdus à cause d’hameçons rendus inutilisables par la rouille, la facture grimpe vite. Un hameçon, même très légèrement rouillé, peut très rapidement se dégrader s’il n’est pas nettoyé. Il doit être placé à l’écart des autres hameçons, d’autant plus s’ils sont neufs, pour éviter que la rouille ne se répande et ne contamine pas tous les leurres.
Le cas des hameçons dont le revêtement a été attaqué mérite qu’on s’y arrête. Un revêtement est souvent appliqué sur les hameçons pour éviter qu’ils ne soient brillants, les hameçons de couleur noire en sont quasiment tous dotés. Ce revêtement a tendance à rouiller rapidement, surtout lorsqu’il a été en contact avec un rocher ou les dents d’un poisson. Bonne nouvelle : un point de rouille sur ce genre d’hameçon, tant qu’il n’est pas sur la pointe, ne nécessite pas un changement. Vérifiez simplement le piquant de la pointe ; s’il pénètre facilement, conservez-le. Mauvaise nouvelle : quand l’hameçon a passé quatre mois dans une boîte fermée avec de l’humidité résiduelle, c’est rarement le cas.
Les leurres souples : l’autre catastrophe silencieuse
Le côté viscéral de la découverte, c’est souvent les souples. Mélanger différents types de leurres souples est une erreur : certains fondent entre eux. Ce n’est pas une métaphore. On ouvre la boîte et on trouve une masse collante dont on ne reconnaît plus les contours. Les leurres souples n’ont pas tous la même composition. Certains sont plus ou moins imprégnés dans la masse de sel, d’attractant et de colorant. Pour les conserver en bon état, il est préférable de les stocker dans leurs sachets d’origine et de ne surtout pas les mélanger entre eux, c’est indispensable pour éviter qu’ils ne se déforment, fondent ou s’imprègnent de couleur au contact les uns des autres.
La chimie explique tout. Les TPE fondent au contact des solvants présents dans les leurres en PVC. ranger côte à côte un souple en TPE (comme beaucoup de worms pour le ned rig) et un shad traditionnel en PVC, c’est programmer leur destruction mutuelle. Séparer les leurres en TPE des leurres en PVC est absolument nécessaire pour éviter qu’ils ne fondent. Ce détail, ignoré de nombreux pêcheurs, explique à lui seul pourquoi certaines boîtes deviennent des champs de bataille plastiques au bout de quelques mois.
La chaleur aggrave tout. Une boîte hermétique peut devenir un four en été. Un garage orienté plein sud, et c’est l’hécatombe garantie. Un leurre souple stocké trop longtemps écrasé ou plié reste tordu une fois sorti de la boîte, et cette déformation peut nuire à la qualité de sa nage. Il existe un recours pour les souples déformés mais encore sains : en les immergeant dans de l’eau bouillante, on peut leur redonner une nouvelle jeunesse. Il faut surveiller attentivement car dès qu’ils ont repris leur forme initiale, il faut les ressortir et les placer dans de l’eau froide.
Ce que ça coûte vraiment, et comment y remédier
La négligence sur le rangement, c’est du matériel sacrifié. Leurres souples ou durs, même à des prix très élevés, restent sensibles à la corrosion et au vieillissement. Entre les triples à remplacer, les souples fondus et les leurres durs dont la peinture a été attaquée par la rouille des hameçons mitoyens, on peut facilement perdre en une saison l’équivalent de ce qu’on a mis à constituer son stock sur deux ans.
Les gestes correctifs, eux, sont simples. Une nuit dans un mélange sel et vinaigre blanc et un coup de brosse à dents permettent de faire disparaître les taches de rouille superficielles. Pour les triples trop attaqués, le remplacement s’impose. Pour les anneaux brisés et les triples bien trop attaqués, il est impératif de procéder à leur changement. Pour respecter l’équilibrage du leurre, il faut respecter la taille originelle de l’hameçon remplacé.
La prévention tient en quelques règles. Faire sécher les leurres après chaque session de pêche est la base. Beaucoup de pêcheurs rangent leurs leurres encore humides. C’est l’erreur numéro un. Pour les sessions en mer, le rinçage à l’eau douce est non-négociable : le sel et les particules accélèrent fortement la corrosion. Côté stockage des souples, les conserver dans leurs sachets d’origine est la meilleure option. Pour les leurres durs et les métalliques, passer un chiffon légèrement huilé sur les parties métalliques crée une fine pellicule protectrice qui ralentit la corrosion.
Un détail que peu de pêcheurs connaissent : ajouter un peu de talc dans les boîtes à leurres souples limite l’adhérence entre les plastiques. Et pour les stockages prolongés, les crankbaits, jerkbaits ou topwaters gagnent à être accompagnés d’un sachet de gel de silice qui absorbe l’humidité résiduelle dans la boîte fermée. Ce sont des gestes qui prennent moins d’une minute et qui évitent de devoir racheter 150 euros de matériel au mois de mai.
Sources : peche-poissons.com | fishare-peche.fr