Un silure remis à l’eau vivant dans un plan d’eau qui n’est pas celui où il a été capturé, c’est une infraction passible de 9 000 euros d’amende. Ce n’est pas une légende de bord de canal : depuis juin 2026, le silure glane a changé de statut réglementaire dans une bonne partie du territoire, et transporter ce poisson vivant pour le relâcher ailleurs, même à quelques centaines de mètres, même « pour son bien », tombe directement sous le coup de la loi.
La scène a de quoi surprendre un pêcheur de bonne foi. Il vient de sortir un silure d’un mètre trente d’une rivière étroite, encombrée, où l’animal semble à l’étroit entre deux ponts. À deux kilomètres de là, un étang paisible, profond, sans pression de pêche. L’idée germe naturellement : pourquoi ne pas offrir à cette bête un territoire plus vaste plutôt que de la remettre dans un lit de rivière trop confiné ? Le poisson finit dans une bâche mouillée à l’arrière du véhicule, direction l’étang voisin. Et c’est précisément à ce moment-là, remorque ouverte, poisson encore agité dans quelques centimètres d’eau, que la situation bascule en infraction caractérisée.
À retenir
- Une nouvelle loi depuis juin 2026 transforme ce geste « bienveillant » en infraction caractérisée
- Le transport d’un silure vivant, même sur quelques kilomètres, suffit à justifier une amende très salée
- En Gironde, la situation est encore plus stricte : relâcher un silure n’importe où est devenu totalement interdit
Ce que dit la loi depuis 2026
Le cadre réglementaire a changé de dimension récemment. Un décret du 8 juin 2026 relatif au silure glane est entré en vigueur, avec pour objectif de mieux encadrer la présence du silure dans certains secteurs où la protection des poissons migrateurs est un enjeu identifié, aloses, lamproies et saumons notamment, et le silure glane est désormais classé comme espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques dans les bassins Loire-Bretagne et Adour-Garonne. Concrètement, cela signifie que le silure rejoint une catégorie réglementaire jusque-là réservée à des espèces comme le poisson-chat ou la perche soleil.
Dans ces deux grands bassins, la pêche du silure reste tout à fait légale. La pêche du silure reste autorisée, et chaque pêcheur est libre de conserver ses captures pour la consommation ou de les remettre à l’eau, à condition que tout silure destiné à être relâché le soit immédiatement après sa capture. C’est cette notion d’immédiateté qui change tout. Un poisson gardé quelques minutes dans une bourriche pour la photo, puis transporté ailleurs, sort du cadre légal. Il est interdit de transporter un silure vivant en vue de son introduire dans un autre milieu, ces infractions étant passibles d’une amende de 9 000 euros.
Certains départements sont allés plus loin encore. En Gironde, un arrêté préfectoral a carrément interdit toute remise à l’eau du silure sur les grands cours d’eau, quelle que soit la manière dont elle est pratiquée. Un arrêté préfectoral impose désormais une règle pour les pêcheurs du département, tout silure capturé devra impérativement être conservé ou détruit, la remise à l’eau de ce poisson vivant devenant totalement interdite. Dans ce département précis, même relâcher son silure au même endroit où on l’a pêché est donc proscrit.
Pourquoi une telle sévérité sur ce poisson en particulier
Le silure n’est pas traité comme n’importe quel carnassier, et la raison tient à son impact documenté sur les frayères. Ces poissons ont été filmés postés sur les frayères d’aloses en train de tout goober, une décision réglementaire visant à protéger les espèces migratrices victimes de ce prédateur. Un silure adulte peut ingurgiter des proies de taille impressionnante, et sa présence massive sur un site de reproduction d’aloses ou de lamproies peut compromettre plusieurs saisons de recrutement d’un coup.
J’ai toujours trouvé ce poisson fascinant à pêcher, ses combats sont longs, physiques, presque déroutants pour qui n’a connu que le brochet ou le sandre. Mais la question écologique dépasse largement le plaisir sportif qu’il procure. Le transfert d’un silure d’un cours d’eau vers un étang fermé n’est jamais anodin : cet étang communique parfois avec un fossé, un ruisseau, une nappe qui rejoint le réseau hydrographique principal en période de crue. Le poisson introduit « pour lui faire plaisir » peut très bien se retrouver, quelques mois plus tard, à coloniser un bassin versant entier où il n’était pas présent auparavant.
Ce qui attend le pêcheur pris la main dans le sac
Le contrôle par les agents de l’Office français de la biodiversité ou par les gardes-pêche fédéraux ne se limite pas à vérifier la carte de pêche et la taille des prises. Le transport d’un poisson vivant dans un véhicule, bâche, bac aéré, glacière remplie d’eau, constitue en soi un indice suffisant pour justifier un contrôle approfondi. Une fois le silure identifié comme provenant d’un autre cours d’eau que celui où il est découvert, la démonstration de l’infraction devient presque immédiate : pas besoin de flagrant délit au bord de l’eau, le simple constat du transport suffit à caractériser les faits.
La sanction encourue reste la même sur l’ensemble du territoire concerné par le classement en espèce à risque : toute infraction à cette règle est passible d’une amende de 9.000 euros, conformément à l’article L432-10 du code de l’environnement. À cela peut s’ajouter, selon les départements, une confiscation du matériel de transport ou une convocation devant le tribunal de police si les faits sont jugés particulièrement graves ou répétés.
La règle la plus simple à retenir tient en une phrase : un silure se relâche là où il a été pêché, tout de suite, sans détour par le coffre de la voiture. Si l’idée de lui offrir un plan d’eau plus vaste traverse l’esprit, mieux vaut la chasser aussitôt, car elle coûte cher et menace des équilibres qui dépassent largement le sort d’un seul poisson. Et pour ceux qui pêchent dans le Sud-Ouest ou sur le bassin de la Loire, un détail mérite d’être vérifié avant chaque sortie : la réglementation locale, parfois plus stricte encore que le cadre national, comme c’est déjà le cas en Gironde où même relâcher sur place est désormais proscrit.
Sources : legifrance.gouv.fr | peche-poissons.com