Rentrer de pêche avec un moulinet propre et un spray de WD40 à la main, c’est le rituel de milliers de pêcheurs français. Geste rassurant, presque instinctif. Un petit coup de dégrippant sur le bâti, et l’affaire est réglée. Sauf que ce geste, répété sortie après sortie, détruit silencieusement la mécanique qu’il est censé protéger. Voici ce qui se passe vraiment à l’intérieur de votre moulinet.
À retenir
- Ce produit bleu et jaune que tout le monde utilise dissout silencieusement la graisse de précision de votre moulinet
- Un détail au rangement que presque personne ne connaît vieillit prématurément le système de frein
- L’erreur la plus destructrice est souvent faite avec les meilleures intentions
Le WD40 : l’ennemi qui sent le neuf
Le flacon bleu et jaune trône dans tous les garages de France. On l’utilise pour tout : les gonds de porte, la chaîne de vélo, les écrous récalcitrants. Alors pourquoi pas le moulinet ? La logique semble imparable. Elle est pourtant catastrophique.
Le WD40 dissout les graisses présentes dans les moulinets, puis s’évapore, laissant les engrenages à nu, exposés à l’humidité et à la friction. C’est là toute la traîtrise du produit : dans un premier temps, tout semble fluide, agréable, le moulinet tourne bien. Quelques semaines plus tard, la graisse d’origine a disparu. Les engrenages frottent métal contre métal. La dégradation est en marche, et personne n’a rien vu venir.
Utiliser du WD40 risque d’endommager la graisse qui se trouve à l’intérieur du moulinet, compromettant son bon fonctionnement. Ce n’est pas un lubrifiant pour mécanique de précision. C’est un dégrippant et un anti-humidité de surface. Sur les filetages extérieurs ou les anneaux de canne, il peut rendre service. À l’intérieur d’un moulinet, c’est une autre histoire.
Le frein serré pendant le rangement : l’erreur silencieuse
Deuxième habitude mortelle, encore plus répandue que la première. Vous rentrez de sortie, vous rangez votre canne, et vous laissez le frein serré, comme il était en pêchant. Pratique, rapide. Désastreux sur la durée.
Il est toujours préférable de ranger ses moulinets frein desserré pour éviter de conserver les rondelles de feutre comprimées. Tourner la molette vers la gauche pour supprimer la pression. Ces rondelles de feutre, comprimées en permanence, finissent par se déformer. Le frein perd sa progressivité, devient saccadé. Un brochet bien parti, un bar qui sonde, et vous aurez la ligne sèche avant même d’avoir réagi.
Le rinçage lui-même recèle un piège analogue. Avant de rincer, il faut commencer par serrer le frein pour éviter que l’eau ne s’infiltre sous celui-ci et ne « nettoie » les rondelles de frein de leur graisse. Paradoxal ? Pas vraiment. Pendant le rinçage, frein serré. Pendant le stockage, frein desserré. Deux moments distincts, deux logiques opposées. Confondre les deux, c’est abîmer son moulinet dans un sens ou dans l’autre.
Trop de graisse, trop d’huile : le piège du « plus c’est mieux »
On pourrait croire que noyer son moulinet de lubrifiant est la marque d’un pêcheur consciencieux. C’est en réalité l’une des erreurs les plus destructrices.
Lorsque vous remettez de l’huile et de la graisse aux endroits adéquats, faites-le dans de faibles proportions. Il est contre-productif de noyer le mécanisme de graisse ainsi que de remplir les roulements d’huile. Trop de graisse attire la saleté et entrave la rotation. Le sable fin, omniprésent au bord de l’eau, s’agglomère sur les pièces surchargées de lubrifiant et forme un abrasif qui râpe doucement les engrenages à chaque tour de manivelle.
Une goutte suffit généralement pour chaque roulement ; ces derniers sont de petite taille sur un moulinet, en mettre plus serait contre-productif. Une seule goutte. Pas deux. Pas trois « pour être sûr ». Une.
Autre point que beaucoup ignorent : certaines pièces ne doivent jamais recevoir le moindre lubrifiant. Les rondelles de frein ne doivent jamais être lubrifiées avec de l’huile ou de la graisse. Idem pour le roulement à aiguilles qui ne ferait plus office d’antiretour. Le faire aurait pour effet de les rendre complètement inefficaces. Huiler aveuglément tout ce qui bouge, c’est neutraliser les systèmes qui retiennent votre poisson.
Ce qu’il faut faire à la place
La bonne nouvelle, c’est que l’entretien correct d’un moulinet est plus simple que l’entretien catastrophique qu’on lui inflige généralement. Moins de produits, moins de gestes, mais les bons.
Après une sortie en eau douce sans boue ni sable, un simple essuyage avec un chiffon et un rangement dans un endroit sec suffisent amplement. Pas besoin de spray, pas besoin de démontage systématique.
Après une sortie en mer, le protocole est plus rigoureux mais reste sobre. L’eau chaude a pour propriété de dissoudre le sel, il faut donc rincer abondamment son moulinet sous celle-ci. Pour évacuer l’eau et « essorer » la bobine, il suffit de faire tourner très vite son moulinet : la force centrifuge s’occupe de l’évacuation. Ensuite, essuyer le moulinet avec un chiffon propre.
Pour le stockage, rangez le moulinet dans un endroit sec et frais, à l’abri de la lumière directe du soleil et des températures extrêmes. La cave humide, le coffre de voiture en plein été, le fond du sac de pêche qui traîne en terrasse : autant de situations à éviter. Le soleil est très mauvais pour le matériel, les UV accélèrent grandement le vieillissement des plastiques, et le fil contenu dans la bobine doit absolument être abrité si vous ne voulez pas le changer tous les ans.
Côté lubrification ciblée, une goutte d’huile sur les points sensibles, tels que l’axe de la bobine, le galet du pick-up ou les roulements de la manivelle, suffit. Avec une huile conçue spécifiquement pour les moulinets, pas un produit multiusage. Les moulinets de pêche au posé n’ont besoin d’une révision que tous les 2 à 3 ans, tandis que les moulinets de pêche aux leurres ou utilisés en mer doivent être révisés tous les ans.
Un dernier geste que beaucoup négligent : rabattre le pick-up à la main est préférable à l’utilisation de la manivelle pour le fermer contre la butée. Ce petit choc répété, multiplié par des centaines de lancers par sortie, fatigue prématurément l’arceau et ses ressorts. Prendre l’habitude de le fermer manuellement, c’est offrir une deuxième vie à son moulinet sans débourser un centime.
Votre moulinet est une mécanique de précision conçue pour durer des années si on la respecte. La vraie question, finalement, c’est celle-ci : combien de matériel avez-vous mis au rebut en croyant bien faire ?
Sources : peche.com | la-peche-du-bord.com