C’est fini pour les têtards ramenés dans un seau au bord de l’eau : une seule espèce échappe encore à l’interdiction, et pas partout

Ramener des têtards dans un seau pour les regarder se transformer en grenouilles au fond du jardin, c’est terminé. Depuis 2021, la quasi-totalité des amphibiens de France métropolitaine sont classés espèces protégées, ce qui rend le prélèvement d’œufs, de têtards ou d’adultes strictement interdit. Une seule espèce échappe vraiment, dans les faits, à cette interdiction totale : la grenouille rousse. Et encore, uniquement là où le préfet l’autorise, à certaines dates, et sous des conditions précises qui n’ont rien d’une partie de pêche improvisée.

À retenir

  • Une loi de 2021 a durci drastiquement la protection de tous les amphibiens français
  • Une seule espèce reste partiellement exploitable, mais sous surveillance administrative stricte
  • Les règles varient radicalement d’un département à l’autre, avec des pièges à connaître

Ce que dit vraiment la loi depuis 2021

L’arrêté du 8 janvier 2021, publié au Journal officiel le 11 février de la même année, a remplacé le texte de 2007 et durci sensiblement la protection des amphibiens et des reptiles sur tout le territoire métropolitain. Il interdit la destruction ou l’enlèvement des œufs et des nids, la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des animaux dans le milieu naturel. De plus, la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux. Concrètement, ça veut dire qu’une mare, une ornière forestière ou un fossé où pondent des tritons ou des salamandres devient, juridiquement, un lieu à ne pas perturber.

Le texte va plus loin que le simple prélèvement de l’animal adulte. En effet, les œufs et les têtards sont totalement protégés ; leur ramassage est donc interdit ; quelle que soit l’espèce, sont interdits : la mutilation, la naturalisation, le colportage, la vente. J’ai encore en tête ces images de bocaux remplis de têtards grouillants ramenés d’une balade au bord de l’étang, un rituel presque universel pour plusieurs générations de gamins curieux de nature. Ce geste, aussi innocent qu’il paraisse, est désormais une infraction, quelle que soit l’espèce visée.

La seule brèche dans ce mur réglementaire concerne deux noms latins précis : Pelophylax kl. esculentus (la grenouille verte) et Rana temporaria (la grenouille rousse), pour lesquelles seule la mutilation est interdite. Ces deux espèces sont donc les seules à pouvoir être pêchées sur tout le territoire métropolitain. Mais sur le terrain, la grenouille verte pose un vrai casse-tête : c’est un complexe hybride qui se confond facilement avec d’autres grenouilles vertes intégralement protégées, au point que même les naturalistes hésitent parfois. Résultat, dans la pratique de tous les jours, c’est bien la grenouille rousse qui reste l’exception réellement exploitable, identifiable et légale.

La grenouille rousse, l’exception qui confirme la règle

Pêcher la grenouille rousse ne dispense d’aucune règle. La pêche de la grenouille verte ou dite commune (Pelophylax kl. esculentus) et de la grenouille rousse (Rana temporaria) est autorisée pendant une période maximum de dix mois fixée par le préfet. Ces dix mois sont un plafond, pas une norme : chaque département fixe sa propre fenêtre, généralement calée sur l’été et l’automne. Dans l’Ain par exemple, la période 2026 court du 27 juin au 31 décembre, tandis qu’en Côte-d’Or elle démarre le 1er juin selon les secteurs.

La taille compte aussi. Des tailles minimales de captures sont fixées pour la plupart des espèces. 8 cm pour les grenouilles vertes et rousses (mesurés du bout du museau au cloaque). Et la méthode est tout aussi encadrée : la capture doit être manuelle, sans piège ni filet ; elle concerne uniquement les femelles ayant déjà pondu ; le quota autorisé, lorsqu’il existe, s’applique en complément. Autant dire qu’on est loin de l’épuisette qui rafle tout ce qui bouge au fond de la mare. Il faut une carte de pêche valide sur le secteur, faute de quoi l’amende grimpe vite : le fait de pêcher sans carte constitue une triple infraction qui peut être sanctionnée d’une amende de 450 euros.

Une autorisation à géométrie variable selon les départements

Ce qui est permis à quelques kilomètres de chez vous peut être totalement proscrit ailleurs. Dans le cœur du Parc national des Pyrénées, par exemple, aucune tolérance : il est interdit de pêcher les amphibiens (grenouille rousse) et les crustacés (écrevisse). À l’inverse, en Franche-Comté, la capture de la grenouille rousse s’inscrit dans une tradition culinaire bien ancrée, celle des cuisses de grenouille, et fait l’objet de dérogations préfectorales spécifiques pour les établissements qui en vivent. Bien que la grenouille rousse bénéficie d’un statut d’espèce protégée, sa pêche reste autorisée par dérogation préfectorale, une exception qui suscite l’inquiétude des associations de protection de l’environnement. La Ligue de protection des oiseaux réclame d’ailleurs une étude d’impact avant d’aller plus loin sur ce dossier.

Ces dérogations commerciales ne sont pas données au premier venu. Moins de 1500 grenouilles, cet effectif relève d’une consommation considérée comme « familiale ». Au-delà de ce seuil, la procédure se complique nettement, avec avis du conseil scientifique régional du patrimoine naturel et consultation publique avant l’arrêté préfectoral final. Le texte de 2021 encadre même les infrastructures d’élevage : présence d’installations de ponte et de grossissement des têtards adaptées aux besoins des animaux captifs ; les bacs de ponte et de grossissement doivent être agencés de façon à protéger les têtards contre les prédateurs naturels, avec un registre tenu à jour et paraphé par le préfet. même les rares exploitants autorisés à commercialiser des cuisses de grenouille « made in France » opèrent sous une surveillance administrative bien plus serrée qu’on ne l’imagine.

Un dernier détail mérite d’être connu avant de ranger l’épuisette : même en zone où la pêche de la grenouille rousse est ouverte, la confondre avec la grenouille agile (Rana dalmatina), rare et strictement protégée, reste une erreur fréquente et sanctionnable, tant les deux espèces se ressemblent à l’œil nu selon les naturalistes du Cantal. Avant toute sortie, mieux vaut consulter l’arrêté préfectoral annuel de votre fédération de pêche, seul document qui fixe précisément dates, secteurs et quotas applicables chez vous.