J’ai écarté à mains nues ces grandes ombelles qui bouchaient l’accès à mon poste juste pour passer avec ma canne : c’est le lendemain en plein soleil que j’ai compris ce que la sève avait laissé sur mes avant-bras

Ce halo rougeâtre et ces cloques qui sont apparues sur mes avant-bras le lendemain, en plein soleil, portaient un nom précis : une phytophotodermatose, la réaction de la peau à la sève de certaines ombellifères activée par les rayons UV. En écartant ces grandes tiges à la main pour dégager mon poste, j’avais badigeonné ma peau d’un photosensibilisant sans le savoir, et c’est l’exposition solaire du jour suivant qui a déclenché les dégâts.

À retenir

  • La brûlure n’apparaît pas tout de suite : pourquoi ce délai est un piège?
  • Berce commune ou berce du Caucase : quelle différence et laquelle craint-on vraiment?
  • Vos berges habituelles vous réservent-elles une mauvaise surprise l’année prochaine?

Une brûlure qui ne se déclenche pas tout de suite

Le piège de ces plantes, c’est justement ce délai. Le contact avec la sève ne provoque rien d’immédiat, pas de picotement, pas de rougeur sur le moment. La sève contient des furocoumarines qui rendent la peau sensible à la lumière, et le contact de la peau humide avec la sève, suivi par l’exposition à la lumière, entraîne l’apparition de rougeurs puis de phlyctènes dans les 48 heures. Sur le bord de l’eau, un matin frais suivi d’un après-midi de plein cagnard, c’est exactement le scénario qui active la réaction. J’ai lu depuis que les symptômes se poursuivent par des lésions qui peuvent aller loin : les premiers symptômes se poursuivent par des brûlures cutanées apparaissant entre un et trois jours après le contact avec la sève et pouvant être du premier, deuxième voire troisième degré. Chez certaines personnes, les cloques prennent des proportions impressionnantes puisque les ampoules peuvent être étendues et suintantes, parfois nombreuses, avec des cloques de la taille d’une pomme de terre.

Ce qui m’a le plus surpris, c’est la persistance de la sensibilité cutanée bien après le contact initial. La sève rend la peau hypersensible au soleil pendant plus d’une semaine, et ce malgré un bon rinçage. une seule séance de dégagement de berge un jour de sortie peut compromettre plusieurs sessions de pêche suivantes si on continue à s’exposer sans protection sur la zone touchée. Et dans les cas les plus sévères, la cicatrisation ne suffit pas à tourner la page : les symptômes sont de gravité variable, taches cutanées hyperpigmentées ou achromiques, brûlures au 1er, 2e ou 3e degré, et peuvent même récidiver sans nouveau contact avec la sève.

Berce commune ou berce du Caucase, la confusion qui coûte cher

Toutes les grandes ombelles blanches qui bordent les rivières françaises ne se valent pas. La plupart du temps, le long des berges où l’on pêche, c’est la berce commune (Heracleum sphondylium) qu’on croise, une plante indigène, moins spectaculaire mais qui contient elle aussi des furocoumarines. De nombreuses autres plantes de la famille des Apiacées contiennent également des furocoumarines susceptibles de provoquer des réactions de photodermatose, c’est le cas de la berce commune. Sa cousine, la berce du Caucase, est autrement plus dangereuse et surtout classée espèce exotique envahissante. On la reconnaît à sa taille démesurée : elle peut atteindre à la floraison 2 à 3 mètres de hauteur, voire 5 mètres, avec des feuilles brillantes de 0,5 à 1 mètre, des tiges épaisses de 4 à 10 cm souvent tachetées de pourpre, et des fleurs blanches en ombelles de 50 cm de diamètre. À l’inverse, la berce commune, appelée « pattes d’ours », est de taille plus modeste, dépassant rarement 2 mètres, avec des feuilles plus arrondies et une ombelle principale composée de moins de 30 rayons.

Géographiquement, la berce du Caucase reste concentrée dans certaines zones mais progresse. En France, elle est pour l’instant présente dans un large quart nord-est et dans les Alpes, mais elle progresse régulièrement vers le sud-ouest, aux conditions climatiques particulièrement propices à son établissement. Elle n’est pas anodine pour la faune piscicole non plus : au-delà du risque cutané, sa prolifération pose un vrai problème d’accès aux berges, un point que même les organismes de gestion sanitaire signalent quand ils évoquent les difficultés d’accès pour les promeneurs et pêcheurs causées par son expansion. Elle fait d’ailleurs l’objet d’une réglementation stricte : un arrêté interministériel de février 2018 interdit désormais de l’introduire dans le milieu naturel, de la détenir, de la transporter, de la colporter, de l’utiliser, de l’échanger, de la mettre en vente ou de l’acheter.

Ce qu’il faut faire au bord de l’eau, avant et après le contact

La meilleure protection reste la plus simple : ne jamais dégager une touffe d’ombellifère à mains nues, surtout quand les tiges sont brisées ou froissées, car c’est précisément dans ces conditions que la sève suinte en abondance. Un coup de sécateur en gardant une distance, des gants et un pantalon long suffisent la plupart du temps à éviter l’incident. Si le contact a déjà eu lieu, la réaction est connue et documentée par les autorités sanitaires régionales : il faut se laver soigneusement la peau à l’eau froide et à l’aide d’un savon doux, éviter l’exposition au soleil, et appliquer des compresses froides si la peau devient rouge et gonflée. Manche longue ou pas, couvrir la zone avec un tissu opaque le temps de rentrer suffit souvent à limiter les dégâts, le vrai ennemi n’étant pas la sève elle-même mais sa rencontre avec les UV.

Un détail mérite d’être connu de tout pêcheur qui arpente régulièrement les mêmes berges envahies : la plante ne pousse pas au hasard. La berce du Caucase préfère les sols frais à humides mais peut s’implanter pratiquement dans tout type de sols, ce qui explique sa présence quasi systématique aux abords des cours d’eau, des fossés et des zones ombragées où l’herbe reste basse. Repérer un foyer une fois, c’est presque garantir de le retrouver l’année suivante au même endroit, un peu plus dense, un peu plus haut. Autant en tenir compte avant de foncer tête baissée dans les fourrés pour gagner deux mètres de linéaire de pêche.