Mon voisin sort toujours sa cartouche de gaz de sa voiture avant de rentrer chez lui et ce n’est pas pour la ranger au garage

Ton voisin n’est pas maniaque, il est prudent. Sortir systématiquement la cartouche de gaz de son coffre avant de se garer devant chez lui, c’est un réflexe de bon sens que beaucoup de pêcheurs et de camping-caristes ont fini par adopter à leurs dépens : une voiture stationnée en plein soleil se transforme en véritable étuve, et les petites cartouches de type Camping Gaz n’apprécient pas du tout ce traitement.

Le problème ne tient pas tant à la chaleur ambiante qu’à ce qui se passe derrière un pare-brise fermé. Sur un forum de randonneurs, un utilisateur a mesuré très précisément le phénomène : « Voiture garée au soleil par température extérieure de 25 à 30°C –> température intérieure 65°C en moins d’une heure ». Autant dire qu’un après-midi de pêche estivale, voiture garée sans ombre sur un parking de bord de rivière, suffit largement à dépasser les seuils recommandés pour ce genre de contenant.

À retenir

  • Une voiture garée au soleil peut atteindre 65°C en une heure, dépassant les limites de sécurité des cartouches
  • Les petites cartouches Camping Gaz ont des parois plus fragiles que les bouteilles domestiques
  • Le vrai danger survient en cas d’incendie du véhicule, où la pression peut exploser la cartouche

La cartouche de gaz, plus fragile qu’on ne le pense

Les fabricants sont clairs sur ce point. Les consignes officielles de Campingaz précisent qu’il ne faut pas « exposer les récipients à une température supérieure à 50°C » et recommandent de les stocker « dans un endroit bien ventilé, à l’écart de toute source de chaleur ou d’ignition ». Cinquante degrés, ça paraît beaucoup sur le papier, mais on vient de voir qu’une voiture au soleil les franchit sans effort en une heure à peine.

La différence entre une grosse bouteille de gaz domestique et une petite cartouche de réchaud tient à l’épaisseur du métal. Antargaz, spécialiste du transport de bouteilles, insiste sur ce détail technique : il faut protéger les bouteilles de gaz du soleil en les installant sous la plage arrière et en se garant à l’ombre, une recommandation d’autant plus importante pour les petites cartouches type Camping Gaz car leurs parois minces résistent mal à la chaleur. C’est exactement ce que ton voisin a compris : sa cartouche n’a pas besoin d’un garage, elle a besoin d’ombre et d’air.

Que se passe-t-il vraiment en cas de surchauffe ?

Rassure-toi, on n’est pas à deux doigts de l’explosion chaque fois qu’une cartouche traîne sur la plage arrière un jour de canicule. La température à laquelle le gaz s’enflamme réellement est très élevée : la température d’auto-inflammation du gaz est de 490°C, et c’est à ce seuil que le propane gazeux s’enflamme. On est loin des 60 ou 70°C d’un habitacle en été. Le risque immédiat n’est donc pas la déflagration spontanée dans un coffre de Clio garé devant la maison.

Le vrai danger apparaît surtout en cas d’incendie du véhicule, où la montée en température est brutale et la mécanique différente. Les questions parlementaires posées à l’Assemblée nationale sur la sécurité des bouteilles de gaz rappellent que la température peut monter très vite autour de 600 degrés et la pression du gaz à l’intérieur de la bouteille atteint 50 bars avant d’exploser, un phénomène qui concerne aussi bien les habitations que les véhicules avec la présence régulière de bouteilles dans les camping-cars ou les voitures. Un incident resté dans les mémoires illustre bien cette réalité : en janvier 2018, un incendie s’est déclaré dans une concession de véhicules de loisirs près de Nantes, le feu s’étendant à une trentaine de camping-cars et provoquant l’explosion des bouteilles de gaz, avec des projections de débris à plusieurs dizaines de mètres ayant entraîné la fermeture momentanée du périphérique. Un scénario extrême, certes, mais qui explique pourquoi les assureurs et les professionnels du gaz recommandent de ne jamais banaliser le stockage prolongé d’une cartouche dans un véhicule exposé.

Le cas particulier des pêcheurs itinérants

Chez les pêcheurs de carpe qui enchaînent les sessions de nuit, le réchaud à gaz fait partie du matériel de base, au même titre que la bourriche ou l’épuisette. On l’utilise pour se faire un thé à 4 heures du matin, réchauffer une conserve entre deux touches, ou tout simplement tenir au chaud pendant une session d’automne au bord d’un étang. Résultat : la cartouche voyage souvent plusieurs jours dans le coffre, coincée entre la caisse à appâts et les cannes.

La bonne pratique, glanée auprès des randonneurs habitués à ce genre de contrainte, consiste à isoler la cartouche plutôt que de la laisser cuire sous la plage arrière. Certains la glissent dans un petit sac isotherme calé à l’ombre, d’autres la stockent carrément à l’abri sous le véhicule pendant les arrêts prolongés, comme le suggérait un forumeur cherchant une solution pratique : « les sortir et les mettre à l’ombre sous la voiture, calé/caché derrière une roue pour être protégé du soleil ». Trois réflexes simples suffisent en réalité pour limiter les risques : garer le véhicule à l’ombre dès que possible, ne jamais coucher la cartouche à l’horizontale pendant le transport, et la sortir du coffre dès l’arrivée si le stationnement doit durer plusieurs heures en plein cagnard.

Ce que fait ton voisin n’a donc rien d’excentrique. Il applique, sans doute sans le formuler ainsi, une consigne que même les professionnels du gaz rappellent aux transporteurs occasionnels : il faut caler la bouteille dans le coffre pour qu’elle ne roule pas, et ne jamais la coucher ou l’incliner car le gaz risque de s’échapper sous forme liquide et provoquer une explosion au niveau du brûleur. Une info à garder en tête avant ta prochaine session nocturne au bord de l’eau : la glacière protège tes appâts de la chaleur, elle peut tout aussi bien protéger ta cartouche de gaz.