Il replie systématiquement une canne dès qu’il pose son sac sur la berge, et non, ce n’est pas une superstition ni une canne fatiguée qu’il laisse au repos. C’est tout simplement la loi qui l’oblige à le faire. En France, le nombre de lignes qu’un pêcheur peut mettre à l’eau dépend directement de la catégorie piscicole du cours d’eau, et cette règle, gravée dans le Code de l’environnement, change du tout au tout selon l’endroit où l’on trempe sa ligne.
À retenir
- Pourquoi les pêcheurs n’utilisent pas toujours le même nombre de cannes selon le lieu
- Une règle nationale qui change complètement d’un département à l’autre
- Le piège des exceptions locales qui coûtent cher à ceux qui ne les connaissent pas
Une règle nationale, deux réalités bien différentes
Le texte de référence, c’est l’article R436-23 du Code de l’environnement. Il fixe un maximum de 4 lignes par pêcheur sur les eaux de 2ème catégorie, mais seulement 1 ligne maximum en 1ère catégorie. Concrètement, si votre voisin pêche d’habitude sur un plan d’eau à cyprinidés et carnassiers où il aligne trois ou quatre cannes sans souci, il doit impérativement n’en garder qu’une seule dès qu’il passe sur un ruisseau ou une rivière classée en première catégorie, ces eaux vives et fraîches où domine la truite.
Cette distinction n’est pas anecdotique. Le classement en 1ère catégorie concerne les cours d’eau présentant des caractéristiques d’eaux vives, fraîches et bien oxygénées avec un peuplement à préserver, tandis que la 2ème catégorie regroupe des eaux relativement calmes où les populations piscicoles sont riches et variées. La logique derrière cette limitation à une seule ligne en première catégorie est simple : moins d’hameçons dans l’eau, c’est moins de pression sur des populations de salmonidés souvent fragiles et sensibles à la surpêche. J’ai souvent observé ce réflexe chez les pêcheurs itinérants qui remontent une vallée en une journée, passant sans s’en rendre compte d’un tronçon classé en 2ème catégorie à un secteur amont en 1ère catégorie. Le panneau au bord de l’eau, quand il existe, sauve bien des amendes.
Des exceptions locales qui brouillent les cartes
Là où ça se corse, c’est que cette règle nationale n’est qu’un socle. Chaque fédération départementale de pêche peut la durcir ou l’assouplir localement via un arrêté préfectoral. Dans les Pyrénées-Orientales par exemple, la règle de base reste stricte : une seule ligne, avec toutefois la possibilité d’une deuxième canne sur certains plans d’eau de montagne comme Matemale, les Bouillouses ou le Lanoux. Dans le Lot-et-Garonne, on retrouve la même logique de classement qui régule notamment le nombre de cannes autorisées selon le tronçon.
Certains départements montagnards vont encore plus loin dans la nuance. Dans les Hautes-Pyrénées, certains lacs de montagne imposent une limite à 2 cannes en 1ère catégorie, et en Savoie ou dans les Hautes-Alpes, la limite peut aussi descendre à 2 cannes sur les torrents de première catégorie. À l’inverse, même en 2ème catégorie où les 4 cannes sont théoriquement la norme, des restrictions locales existent : certains départements, certains plans d’eau et certaines AAPPMA appliquent des restrictions qui réduisent ce nombre à 2 ou 3 cannes. J’ai pêché un jour sur un lac de barrage où l’AAPPMA locale imposait 2 cannes maximum alors même que le règlement départemental général en autorisait 4 : sans avoir vérifié le panneau d’affichage à l’entrée du parcours, je serais reparti avec un procès-verbal.
Cette variabilité s’explique aussi par le régime des cartes de pêche elles-mêmes. La carte hebdomadaire, par exemple, autorise tous modes de pêche en 1ère catégorie avec une ligne au plus, et en 2ème catégorie avec quatre lignes au plus. Et sur certains cours d’eau limites, où la Garonne fait par exemple figure de cas particulier localement dans le classement des cannes autorisées, l’AAPPMA peut prévoir des dispositions spécifiques qui ne collent pas exactement au schéma départemental habituel.
Comment éviter la mauvaise surprise au bord de l’eau
Le bon réflexe, celui qu’applique justement votre voisin avisé, consiste à toujours vérifier trois éléments avant de monter ses cannes : la catégorie piscicole exacte du secteur (souvent indiquée sur les panneaux de la fédération ou sur les cartes de parcours), le règlement spécifique de l’AAPPMA gestionnaire, et les éventuelles options complémentaires attachées à sa propre carte de pêche. Une carte interfédérale n’autorise pas automatiquement 4 cannes partout : elle applique la règle du lieu où l’on se trouve, pas celle de son département d’origine.
Les contrôles ne sont pas de la fiction. Les gardes-pêche assermentés patrouillent régulièrement, surtout en période estivale et sur les parcours carpe ou carnassier les plus fréquentés, et une canne de trop en première catégorie constitue une infraction sanctionnée. Rien de dramatique en général si l’erreur est reconnue et corrigée sur le champ, mais autant s’épargner la discussion. Le geste de votre voisin, replier méthodiquement une canne avant de s’installer, n’a donc rien d’un tic superstitieux : c’est le réflexe d’un pêcheur qui connaît son terrain et qui a appris, parfois à ses dépens, que la réglementation piscicole française se lit avant de se pêcher.
Sources : peche-assistant.fr | peche66.org | magnifixcarp.com