Deux semaines, c’est le temps qu’il a fallu à mes leurres souples pour se transformer en une masse collante et inutilisable, tout simplement parce que je les avais rangés ensemble après une session harassante sous une nuée de moustiques, la peau couverte de répulsif. Le plastisol qui compose la majorité des leurres souples du marché est une matière chimiquement instable dès qu’elle entre en contact prolongé avec certains plastiques, d’autres formulations de leurres, ou des composés comme le DEET présent dans les anti-moustiques. Résultat : une bouillie irrécupérable au fond du compartiment, et des dizaines d’euros de matériel bons pour la poubelle.
À retenir
- Le DEET des anti-moustiques dissout littéralement le PVC des leurres souples au contact
- Deux leurres de marques différentes côte à côte peuvent fusionner en deux semaines dans une boîte chaude
- Un geste simple aurait tout évité, mais découvert trop tard dans l’obscurité de la boîte fermée
Le plastisol, une matière vivante qui n’aime pas la promiscuité
Un leurre souple n’est pas un bloc de plastique inerte. Il faut savoir que les leurres souples sont fabriqués à partir du plastisol, une pâte obtenue en diluant du PVC dans un plastifiant liquide. Ce plastifiant, c’est justement ce qui donne au leurre sa souplesse et son toucher si proche d’une chair vivante. Le problème, c’est que cette molécule n’est pas figée à l’intérieur du plastique : elle peut migrer, s’échapper, et surtout contaminer tout ce qu’elle touche.
Sur les forums de pêcheurs, l’expérience revient sans cesse et confirme ce que j’ai vécu dans ma propre boîte. j’ai le plastique de certaines pochette qui a complètement ramolli autour de certaines version de LS, raconte un pêcheur sur un forum spécialisé. Un autre décrit le résultat final avec une formule qui claque : quand deux leurres incompatibles se touchent trop longtemps, on a une bouilli d’élastomère/silicone/merdouille fondue des plus désagréable à enlever. Ce n’est donc pas un accident isolé, mais un phénomène chimique documenté et redouté par une bonne partie des pratiquants du leurre souple.
La raison technique tient à la compatibilité, ou plutôt à l’incompatibilité, entre les formulations. Chaque fabricant ajuste sa recette de plastisol, avec des dosages de plastifiant différents selon la dureté recherchée. Un leurre issu d’une gamme molle et un leurre issu d’une gamme dure, posés côte à côte pendant deux semaines dans une boîte fermée et chaude, peuvent tout simplement échanger leurs plastifiants par capillarité. Le contact prolongé, l’obscurité et surtout la chaleur (une boîte laissée dans le coffre de la voiture en plein été fait des ravages) accélèrent ce processus de migration.
Le DEET, l’ennemi invisible glissé sur mes mains
Ce jour-là sous les moustiques, j’avais généreusement enduit mes mains et mes avant-bras d’un répulsif classique à base de DEET avant de reprendre ma canne. Ce détail, anodin en apparence, change pourtant toute l’équation chimique. Fish really, really do not like DEET and bass spew out objects with the chemical in no time flat. Merely touching a lure after a single application of DEET to the hands is enough to contaminate a lure. Le DEET ne se contente pas de repousser les poissons, il attaque littéralement certains matériaux.
Les témoignages techniques sur ce répulsif sont sans équivoque. DEET will dissolve some plastics and « varnish » finishes. It is brutal and will quickly dissolve plastics including PVC, acetates, rayon, and many waterproof/breatheable laminate fabrics. Or le PVC est justement, on l’a vu, la base même du plastisol qui compose nos leurres souples. une simple trace de répulsif transférée par le bout des doigts en manipulant un leurre peut initier une dégradation qui ne se révèle que des jours plus tard, une fois la boîte refermée et rangée. Le pêcheur qui rouvre son compartiment deux semaines après découvre alors un tas de plastique fondu, sans avoir eu le moindre signe d’alerte au moment du rangement.
Ce qui rend le phénomène particulièrement traître, c’est son effet différé. Le répulsif appliqué en début d’après-midi n’a rien détruit sur l’instant, la texture du leurre paraissait normale au moment de le ranger. La réaction chimique s’est installée lentement, dans l’obscurité et la chaleur confinée du compartiment, pendant que je vaquais à autre chose.
Ranger sans jamais revivre ce cauchemar
La parade la plus simple reste le lavage systématique des mains avant de manipuler le matériel, surtout après une application de répulsif. Ce geste, qui prend dix secondes avec un peu d’eau, aurait probablement évité tout le désastre. Mais la prévention ne s’arrête pas là, car même sans DEET, la promiscuité entre types de leurres reste un risque avéré. Un vendeur spécialisé en organisation de matériel de pêche résume bien les pièges classiques à éviter dans une boîte à leurres : Mélanger différents types de leurres souples → certains fondent entre eux Ne pas vérifier régulièrement ses boîtes → hameçons émoussés, leurres abîmés.
Dans la pratique, je sépare désormais systématiquement mes leurres par marque et par gamme de dureté, en évitant tout contact direct entre deux plastisols différents. Les sachets zippés d’origine, quand ils existent, restent le meilleur cocon : ils isolent chaque référence et limitent la migration croisée. Les boîtes à casiers en mousse, souvent recommandées pour les leurres durs, sont à proscrire pour le souple : la mousse absorbe le plastifiant qui s’évapore et ramollit à son contact, un phénomène que plusieurs pêcheurs constatent avec leurs anciennes pochettes plastiques devenues collantes autour des leurres.
Un dernier détail change souvent la donne : la température de stockage. Une boîte laissée en plein soleil sur la plage ou dans un coffre de voiture peut monter à plus de 50°C en quelques heures, ce qui accélère la migration du plastifiant bien plus vite qu’un rangement à température ambiante dans un garage frais. Garder ses boîtes de leurres souples à l’ombre, loin d’une source de chaleur directe, reste probablement le geste le plus sous-estimé de tous ceux qui protègent réellement une collection de leurres.
Sources : breizhbaits.com | www-actus.univ-ubs.fr