Une bourriche posée dans quarante centimètres d’eau au bord d’un étang en plein été, ça semble une bonne idée pour garder ses prises fraîches avant la pesée. C’est pourtant l’un des pièges les plus classiques de la pêche au coup : l’eau peu profonde chauffe vite sous le soleil, l’oxygène dissous s’effondre en quelques dizaines de minutes, et les gardons entassés dans le filet suffoquent avant même que la balance n’entre en jeu. Ce n’est pas un accident isolé, c’est un phénomène physique parfaitement documenté qui touche chaque saison des concours et des sorties loisir un peu partout en France.
À retenir
- Pourquoi 40 centimètres d’eau ne protègent absolument pas vos prises du stress thermique
- Comment l’oxygène disparaît deux fois plus vite dans une eau peu profonde en plein soleil
- Le signal d’alerte imparable que vous ignorez juste avant de relever votre filet
Pourquoi quarante centimètres d’eau ne protègent de rien
L’eau chaude dissout beaucoup moins d’oxygène que l’eau fraîche, et les poissons, eux, en réclament davantage quand la température grimpe. La solubilité de l’oxygène diminue dans l’eau chaude, tandis que la consommation d’oxygène par les poissons augmente. Dans une bourriche immergée sur quelques centimètres seulement, ce double effet se combine à la vitesse grand V : le volume d’eau est minuscule, le rayonnement solaire le traverse sans obstacle, et la couche liquide se réchauffe presque aussi vite que l’air ambiant.
À l’échelle d’un étang entier, les scientifiques parlent de stratification thermique : une couche de surface chaude et riche en oxygène, appelée épilimnion, se forme au-dessus d’eaux plus fraîches et plus pauvres en air dissous. Les poissons ont alors tendance à se rapprocher de l’entrée d’eau ou à remonter en surface, là où l’oxygène reste plus concentré. Mais une bourriche posée en bordure, à quarante centimètres, ne bénéficie d’aucune de ces zones refuges. Elle cuit littéralement au même rythme que la surface, sans le moindre brassage naturel pour renouveler l’air dissous.
Le phénomène n’a rien d’anecdotique à grande échelle. Lors des épisodes de canicule de ces dernières années, des pêcheurs ont rapporté des surmortalités marquées sur certaines espèces sensibles. Les témoignages de surmortalité piscicole liée à la canicule se multiplient depuis le début de l’été, un peu partout en France. Le stress thermique conjugué au manque d’air dissous suffit à tuer un poisson en bonne santé en très peu de temps, surtout lorsqu’il est confiné et privé de la possibilité de fuir vers une eau plus profonde.
Ce que prévoit (déjà) le règlement de la pêche au coup
Les fédérations sportives n’ont pas attendu les épisodes de canicule récents pour encadrer strictement l’usage de la bourriche. Le règlement de la Fédération Française de Pêche Sportive au coup impose des dimensions précises : la bourriche est obligatoire, avec un diamètre minimum de 40 cm si elle est ronde, ou une diagonale minimum de 50 cm si elle est rectangulaire. Surtout, la longueur immergée doit être d’au moins 1,50 mètre, et la bourriche métallique est totalement interdite.
Cette exigence de 1,50 mètre n’est pas anodine : elle vise précisément à éviter que le filet ne stagne dans une pellicule d’eau de surface exposée au soleil. Une bourriche posée à quarante centimètres, même volumineuse, ne remplit tout simplement pas cette condition réglementaire, et pour cause : elle expose les poissons au même stress thermique que l’eau libre en bordure.
Les organisateurs de compétitions ont d’ailleurs prévu des garde-fous pour les situations à risque. Dans le cas de plans d’eau de très faible profondeur en bordure ou par forte chaleur, le jury peut décider de faire remettre les poissons à l’eau plus tôt que prévu. Certaines fédérations départementales sont allées plus loin : dans l’Aisne par exemple, la remise à l’eau immédiate des poissons est devenue obligatoire et les bourriches ainsi que les sacs de conservation sont purement et simplement interdits. Un signe que la pratique évolue, poussée autant par le bien-être animal que par le bon sens halieutique.
Les bons réflexes pour ne plus perdre ses prises
La règle de base tient en une image : chercher la profondeur, pas la proximité du bord. Un mètre cinquante d’immersion minimum, loin des hauts-fonds qui chauffent en premier, change radicalement la donne pour la survie du poisson. Voici les trois vérifications qui évitent la mauvaise surprise au moment de la pesée :
- Positionner la bourriche perpendiculairement à la berge, vers la zone la plus profonde accessible, jamais parallèle au bord peu profond
- Limiter le nombre de poissons entassés ensemble, la densité aggravant le manque d’oxygène disponible pour chacun
- Surveiller le comportement des poissons dans le filet : une nage en surface, la bouche à l’air, signale un stress hypoxique déjà bien installé
Ce dernier signal ne trompe pas : à température élevée, les poissons ont davantage besoin d’oxygène alors même que l’oxygène dissous se raréfie, ce qui conduit à un stress hypoxique. Et si cette insuffisance en oxygène devient trop extrême ou se prolonge, elle mène directement à la mort du poisson. Concrètement, un gardon qui reste vingt minutes dans une bourriche en surchauffe peut basculer d’un état parfaitement vif à une léthargie irréversible, sans qu’on s’en aperçoive avant de relever le filet.
Un détail mérite d’être connu : la sensibilité varie énormément selon les espèces. Les brochets et certains carnassiers supportent nettement moins bien les pics de chaleur que les cyprinidés comme le gardon ou la brème, ce qui explique pourquoi, lors d’un même épisode de canicule sur un même plan d’eau, seules certaines espèces flottent le ventre en l’air pendant que d’autres survivent sans encombre. La prochaine fois que le thermomètre grimpe, mieux vaut chercher le trou d’eau profond à l’ombre d’un arbre plutôt que le premier bord accessible, même s’il paraît pratique pour poser rapidement sa bourriche.
Sources : france3-regions.franceinfo.fr | etang-solution.com