C’est fini pour les cannes laissées à l’eau à la tombée du jour : seuls ces lots désignés par arrêté préfectoral autorisent encore la nuit, et pour un seul poisson

Le message est clair et sans ambiguïté : hors des parcours listés chaque année par arrêté préfectoral, plus question de laisser ses cannes plantées au bord de l’eau une fois la nuit tombée. La réglementation nationale fixe une règle simple, la pêche est autorisée de 30 minutes avant le lever du soleil à 30 minutes après son coucher, et en dehors de cette fenêtre, tout matériel resté à demeure sur la berge est théoriquement en infraction. La seule échappatoire tolérée concerne la carpe, et uniquement elle, sur des tronçons de rivières ou des plans d’eau précisément désignés par le préfet du département.

Cette exception a une origine bien identifiable : la carpe de nuit est permise uniquement sur les parcours désignés par arrêté préfectoral, en application de l’arrêté du 25 août 2008, avec remise à l’eau immédiate, aucune carpe ne pouvant être conservée la nuit. Le principe qui régit ces parcours tient en une phrase : on cible un seul poisson, on le relâche systématiquement, et on ne triche pas sur l’espèce visée. J’ai vu plus d’un carpiste débutant s’étonner qu’une belle brème ou une tanche capturée en pleine nuit doive elle aussi retourner à l’eau sur-le-champ, alors qu’elle n’était même pas l’objectif de la sortie.

À retenir

  • Un arrêté préfectoral datant de 2008 permet-il vraiment la pêche nocturne partout ?
  • Pourquoi certains pêcheurs découvrent trop tard que leurs poissons de nuit devaient retourner à l’eau ?
  • Que se passe-t-il si votre parcours habituel figure soudain sur la liste rouge cette saison ?

Une dérogation renouvelée chaque année, département par département

Rien n’est figé dans le marbre. Chaque préfecture doit reconduire, ou modifier, son arrêté carpe de nuit avant l’ouverture de la saison, et le processus passe systématiquement par une consultation du public. En Creuse par exemple, la fédération départementale a formulé sa demande à l’automne, puis le projet d’arrêté préfectoral a été soumis à la participation du public par voie électronique, les observations pouvant être formulées dans un délai de 21 jours. En Saône-et-Loire, le mécanisme est identique : un arrêté initial publié en février, parfois complété par une modification quelques semaines plus tard, avec à chaque fois une consultation du public qui s’est déroulée sur environ trois semaines avant la décision finale.

Concrètement, cela veut dire qu’un parcours ouvert à la pêche de nuit une année n’est jamais garanti l’année suivante. Les tracés peuvent bouger, se réduire ou s’étendre selon les retours des AAPPMA locales, la pression de pêche constatée ou des problèmes de cohabitation avec d’autres usages (baignade, navigation, camping riverain). Certaines fédérations, comme celle de la Côte-d’Or, précisent que la pêche à la carpe est autorisée à toute heure du jour et de la nuit du 1er avril au 30 novembre sur les sites présents sur la carte et sur l’arrêté préfectoral en vigueur, ce qui signifie aussi que la fenêtre de nuit se referme mécaniquement en dehors de cette période, même sur un parcours habituellement ouvert.

Sur ces lots, une pêche à un seul poisson et sous conditions strictes

Le mot d’ordre sur un parcours carpe de nuit n’est jamais « faites ce que vous voulez jusqu’au matin ». Les obligations techniques sont précises et varient peu d’un département à l’autre. D’abord, l’appât : l’exercice de la pêche à la carpe n’est autorisé qu’à l’aide de lignes plombées munies uniquement d’appâts d’origine végétale ou de bouillettes, ce qui exclut de fait le vif ou le poisson mort pour cette pratique nocturne. Ensuite, le sort du poisson lui-même : aucune carpe capturée ne peut être maintenue en captivité ou transportée, elle doit être remise immédiatement à l’eau vivante. Certaines fédérations vont plus loin et imposent le no-kill à toutes les espèces, pas seulement à la carpe, dès que la nuit tombe sur le parcours.

Le matériel de réception fait aussi partie du cahier des charges. Le tapis de réception est obligatoire sur de nombreux parcours pour protéger les poissons, et les détecteurs électroniques, loin d’être un gadget, deviennent quasiment indispensables pour surveiller ses lignes dans l’obscurité sans les quitter des yeux plus de quelques minutes. Ce dernier point n’est pas anecdotique : plusieurs fédérations rappellent que chaque pêcheur reste responsable de ses propres lignes et qu’un poste est considéré comme abandonné si aucune surveillance active n’est assurée. même sur un lot autorisé, planter ses cannes et partir dormir dans la voiture reste une infraction. Les détecteurs sonores et lumineux aident, mais ils restent une aide et non un passe-droit, la vigilance et la présence demeurant obligatoires.

Et pour les autres espèces nocturnes ?

C’est souvent la première question que se posent les pêcheurs de carnassiers ou de silure en découvrant ces règles : peut-on profiter d’un parcours carpe de nuit pour tenter autre chose ? La réponse est non, et c’est même explicitement écrit dans certains règlements locaux : la pêche du silure ou de tout autre poisson est interdite la nuit sur ces mêmes lots. Un silure ou un brochet ferré après le coucher du soleil doit repartir à l’eau sans délai, quelle que soit sa taille, et sans même l’excuse d’une capture « accidentelle » en pêchant la carpe. La dérogation ne couvre qu’une espèce, point final.

Vérifier avant de planter le bivouac

La prudence commande de ne jamais se fier à ce qu’on a lu l’an dernier ou à ce que pratiquait un copain sur le même spot il y a deux saisons. Les cartographies évoluent, les arrêtés aussi, et une fédération départementale précise d’ailleurs que les limites cartographiques restent indicatives et qu’il faut toujours se référer aux panneaux implantés sur place et aux dispositions inscrites dans l’arrêté préfectoral. Avant toute session nocturne, un coup d’œil sur le site de la fédération de pêche du département, ou sur celui de la préfecture, évite bien des mauvaises surprises. Un détail qui surprend souvent les nouveaux venus dans la discipline : sur certains grands plans d’eau fédéraux, la pêche de la carpe reste interdite la nuit même à l’intérieur d’un parcours autorisé, dès qu’elle s’exerce depuis une embarcation plutôt que depuis la berge. La règle générale cache toujours ces exceptions locales, et c’est précisément pour ça que l’arrêté préfectoral, remis à jour chaque année, reste le seul document qui fasse foi au bord de l’eau.