Mon voisin ne remet jamais à l’eau les silures qu’il sort de la rivière et ce n’est pas parce qu’il compte les manger

Ton voisin ne garde pas ses silures pour la poêle : il n’a tout simplement plus le droit de les relâcher. Depuis le printemps 2026, la réglementation française sur ce poisson-chat géant a basculé, et selon le cours d’eau où il pêche, la remise à l’eau peut être devenue interdite, voire synonyme d’obligation de destruction. Ce n’est pas un caprice de pêcheur, c’est la loi qui a changé sous ses pieds (ou plutôt sous ses cuissardes).

À retenir

  • Un décret de juin 2026 a classé le silure comme espèce problématique dans certains bassins
  • En Gironde, la remise à l’eau est carrément interdite depuis février 2026
  • La faute à qui ? À l’appétit dévorant du silure pour les espèces migratrices menacées

Un décret qui a rebattu les cartes en juin 2026

Le silure glane a longtemps échappé à toute case réglementaire. Pendant des décennies, aucun texte ne l’obligeait ni à être relâché ni à être tué : c’était une espèce de carnassier qui ne faisait l’objet d’aucune réglementation particulière, sa pêche étant autorisée toute l’année mais uniquement de jour, et sa remise à l’eau n’était ni interdite, ni obligatoire. Chacun faisait comme il voulait, selon ses convictions ou l’état de son congélateur.

Ce flou a pris fin avec un texte publié cette année. Le décret n° 2026-464 du 8 juin 2026 est entré en vigueur, classant le silure comme « espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques » dans les bassins Loire-Bretagne et Adour-Garonne. Concrètement, ce classement ne force personne à achever son poisson sur la berge, mais il change tout de même la donne : chaque pêcheur reste libre de conserver ou de remettre à l’eau son silure selon ses convictions, mais si le poisson est relâché, la remise à l’eau doit être immédiate. Fini les séances photo interminables, silure posé sur une bâche pendant dix minutes pour la story Instagram.

Deux autres restrictions accompagnent ce nouveau statut. Le transfert ou l’introduction de silures dans un autre milieu est désormais interdit, sous peine d’une amende pouvant grimper jusqu’à 9 000 euros, et son utilisation comme vif est également prohibée. le pêcheur qui capturait un petit silure pour l’utiliser comme appât vivant sur une ligne à carnassier doit changer ses habitudes. Cette évolution ne concerne pas tout le territoire de façon uniforme : elle s’applique bassin par bassin, et la Vienne, par exemple, a vu tous ses cours d’eau et plans d’eau en eaux libres concernés par la nouvelle règle.

La Gironde va plus loin : conserver ou détruire, sans option

Si ton voisin pêche du côté de la Garonne, de la Dordogne ou de la Leyre, la situation est encore plus radicale. Un arrêté préfectoral local, distinct du décret national, a carrément supprimé toute possibilité de relâcher un silure vivant sur ces axes. La Fédération de Pêche de Gironde a expliqué à ses adhérents qu’un arrêté préfectoral impose désormais une règle : tout silure capturé devra impérativement être conservé ou détruit, la remise à l’eau de ce poisson vivant devenant totalement interdite sur les trois principaux bassins versants du département. La mesure ne fait pas dans la demi-mesure géographique non plus : elle concerne la Garonne et l’ensemble de ses affluents, Dropt compris, ainsi que la Dordogne et tout son réseau hydrographique incluant l’Isle et la Dronne.

Cette interdiction est en vigueur depuis le début de l’année. Depuis le 10 février 2026, les pêcheurs girondins ont interdiction de relâcher des silures à l’eau, une décision qui a évidemment fait grincer des dents chez une partie de la communauté des silureux, partagée entre l’acceptation d’un enjeu écologique et la frustration de ne plus pouvoir pratiquer le no-kill sur une espèce qu’ils ont appris à admirer pour son gabarit hors norme.

Pourquoi on en est arrivé là : la prédation sur les poissons migrateurs

La justification scientifique derrière ces textes tourne toujours autour du même sujet : l’appétit du silure pour les espèces migratrices. La préfecture s’appuie sur des données scientifiques qui documentent l’impact négatif de ce prédateur sur les populations de poissons migrateurs dans le bassin Garonne-Dordogne, avec en ligne de mire des espèces à forte valeur patrimoniale comme l’alose ou la lamproie marine.

Sur le terrain, les constats des techniciens sont parfois saisissants. Un agent chargé d’examiner le contenu stomacal des silures capturés en Gironde a témoigné avoir déjà retrouvé jusqu’à sept lamproies dans un seul poisson, un chiffre qui donne une idée de la pression que peut exercer un individu solitaire sur une population locale déjà fragile. Ce n’est pas un hasard si les études mobilisées pour justifier ces arrêtés, notamment celles menées sur la Dordogne par l’établissement public territorial de bassin EPIDOR entre 2012 et 2016, puis complétées par des travaux plus récents couplant lamproie marine et silure glane, ont pesé lourd dans la décision.

Le débat reste pourtant loin d’être tranché scientifiquement pour tout le monde. Certaines fédérations départementales de pêche s’étaient d’ailleurs opposées à un classement plus sévère du silure en espèce exotique envahissante, un statut qui aurait imposé la destruction systématique de chaque prise sur l’ensemble du territoire national. Le compromis retenu, celui d’une gestion bassin par bassin via le statut d’espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques, a été présenté par certains acteurs de la pêche associative comme un moindre mal face à un scénario national plus contraignant.

Ce que ça change concrètement quand tu vas pêcher

Si tu croises un silure au bout de ta ligne cette saison, le réflexe à avoir n’est plus automatique. La première chose à faire, avant même de sortir l’épuisette, c’est de vérifier la réglementation propre à ton secteur de pêche, puisque le régime applicable varie désormais d’un bassin versant à l’autre et parfois d’un département à l’autre. Les fédérations départementales de pêche publient ces informations sur leurs sites et savent répondre aux questions des adhérents à ce sujet.

Un détail mérite d’être gardé en tête si jamais tu te retrouves dans une zone où la destruction est imposée : abandonner une carcasse de plusieurs kilos sur la berge reste sanctionné au titre de l’abandon de déchets, avec des amendes qui peuvent grimper à plusieurs milliers d’euros selon les cas. La bonne pratique consiste à se renseigner localement sur les filières d’équarrissage ou de valorisation avant de partir pêcher, plutôt que de découvrir le problème une fois le poisson hors de l’eau.