Le constat est simple et inquiétant : porter des verres teintés ne garantit absolument rien contre les ultraviolets. Une bonne partie des lunettes de soleil vendues dans le commerce, notamment les modèles bon marché sans certification claire, laissent passer des UV alors même que leur teinte donne une fausse impression de sécurité. Pour un pêcheur qui passe des heures les yeux rivés sur l’eau, c’est un piège redoutable : plus le verre est sombre, plus la pupille se dilate, et plus les rayons nocifs pénètrent profondément dans l’œil s’ils ne sont pas filtrés.
À retenir
- Pourquoi la teinte foncée de vos verres peut vous jouer des tours en plein soleil
- Le scandale caché des lunettes bon marché : ce qu’un test indépendant a découvert
- Comment vérifier en trois étapes si vos lunettes offrent vraiment une protection
La teinte n’a jamais été un gage de protection
Voilà l’erreur la plus répandue chez les acheteurs pressés : croire que la couleur ou l’opacité du verre indique le niveau de filtration UV. Les autorités sanitaires le répètent depuis des années sans que le message passe vraiment. On ne peut se fier au prix, à la couleur ou à l’opacité des lentilles pour déterminer le niveau de protection UV qu’offrent les lunettes. La protection UV dépend d’un traitement chimique du verre, invisible à l’œil nu, et absolument indépendant de sa teinte.
Même son de cloche du côté de l’American Academy of Ophthalmology, qui met en garde contre les idées reçues sur les verres foncés. Quand vous choisissez des lunettes de soleil, ne vous laissez pas tromper en pensant que plus le verre est foncé, plus il protège vos yeux du soleil. Seules les lunettes offrant une protection UV à 100% garantissent la sécurité nécessaire. Un opticien américain interrogé récemment résume la confusion à sa juste mesure : « la protection contre les UV est un revêtement transparent, ce n’est pas la teinte des verres ».
La polarisation, très prisée des pêcheurs pour supprimer les reflets sur l’eau et mieux repérer les poissons, ne règle rien non plus à elle seule. Les verres polarisés réduisent l’éblouissement provoqué par les surfaces réfléchissantes comme l’eau ou les routes. La polarisation en elle-même ne fournit pas de protection UV. Elle offre en revanche un meilleur confort pour certaines activités comme la conduite, la navigation ou le golf. Cela dit, certains verres polarisés intègrent une finition bloquant les UV. Polarisé ne veut pas dire protégé, et il faut vérifier les deux caractéristiques séparément sur l’étiquette.
Des contrôles qui révèlent des surprises désagréables
Ce n’est pas qu’une question théorique. Au Royaume-Uni, l’association de consommateurs Which? a passé au crible des lunettes de soleil pour enfants achetées sur des plateformes en ligne, avec un résultat qui donne froid dans le dos : un tiers des lunettes de soleil pour enfants qu’elle avait achetées sur des places de marché en ligne ne fournissent pas la protection requise et sont dangereuses. Certaines paires affichaient pourtant fièrement la mention UV400 sur leur étiquette.
Une étude scientifique menée en Éthiopie sur des lunettes de soleil sans correction vendues dans le commerce arrive à une conclusion comparable, avec un échantillon plus large. Seuls 73,0% des lunettes de soleil sans correction étaient conformes aux normes et protectrices contre le rayonnement ultraviolet, tandis que les 27,0% restants échouaient à bloquer le rayonnement ultraviolet nocif. Une synthèse récente sur le sujet évoque même une fourchette plus large selon les lots testés, avec des taux d’échec allant de 30% à plus de 50% lors des tests de transmission UV, ce qui signifie que les verres laissaient passer des UV à des niveaux ne respectant pas la norme UV400 malgré les allégations sur l’étiquette. Le chiffre exact varie selon les marchés et les échantillons, mais la tendance est constante : une part significative des lunettes bon marché ne tient pas ses promesses.
En France, la réglementation impose pourtant un cadre strict depuis longtemps. Depuis 1995, une directive de l’Union Européenne oblige les fabricants de lunettes de soleil à traiter les verres contre les rayons UVA et UVB, et ces verres sont estampillés « CE », suivi de leur indice de protection allant de 0 à 4. Sur le terrain, la DGCCRF continue de traquer les manquements, comme elle l’a encore fait cet été autour de la vente de lunettes spéciales pour l’éclipse solaire, où elle contrôle actuellement fabricants, importateurs et distributeurs, l’enjeu n’étant pas seulement commercial car regarder le Soleil avec un filtre inadapté peut provoquer une brûlure rétinienne sans douleur immédiate.
Ce qu’un pêcheur doit vraiment vérifier au bord de l’eau
Sur un poste de pêche, l’exposition est bien pire qu’en ville. L’eau agit comme un miroir géant qui renvoie une partie du rayonnement solaire droit dans les yeux. Elle réfléchit entre 10% et 30% du rayonnement UV, un chiffre qui grimpe encore quand la surface est agitée ou que le soleil est bas sur l’horizon, typiquement au petit matin sur un plan d’eau calme. Ajoutez à cela des sessions qui durent parfois toute la journée, sans ombre ni pause, et l’addition UV grimpe vite.
Pour ne pas se faire avoir, mieux vaut ignorer la couleur du verre et se concentrer sur trois éléments concrets : le marquage CE accompagné de la mention explicite « 100% UVA/UVB » ou « UV400 », une catégorie de filtration adaptée (3 pour une luminosité forte type mer ou lac en plein été), et une monture enveloppante qui limite les entrées de lumière latérales, souvent oubliées par les pêcheurs qui privilégient le style plutôt que la couverture. Un test maison rapide existe aussi : une lampe UV et un billet de banque dont les motifs fluorescents ne doivent plus apparaître à travers le verre.
Dernier détail que peu d’anglers connaissent : la protection UV d’un verre n’est pas éternelle. Le traitement peut se dégrader avec le temps, les rayures et l’exposition répétée au soleil, un phénomène de vieillissement chimique parfois qualifié de photoblanchiment. Une paire de lunettes de pêche qui traîne trois saisons dans la boîte à gants, rayée par les hameçons et cuite par le soleil de l’habitacle, n’offre probablement plus la même protection qu’à sa sortie d’usine. Un test chez un opticien, généralement gratuit et rapide, permet de trancher plutôt que de se fier au souvenir de son étiquette d’origine.
Source : sciencepost.fr