Je relâchais chaque perche-soleil pêchée cet été pour bien faire : un garde-pêche m’a montré ce que le Code de l’environnement m’obligeait vraiment à faire

Non, remettre à l’eau une perche-soleil n’est pas un geste écolo. C’est même une infraction. Depuis son classement comme espèce exotique envahissante, ce petit poisson coloré doit être euthanasié dès sa capture, et non relâché comme le veut pourtant le réflexe naturel de tout pêcheur soucieux de préserver la ressource. J’ai découvert ça au bord d’un étang de Sologne, un soir de juillet, quand un garde-pêche s’est arrêté près de mon poste en me voyant relancer ma dernière capture dans l’eau avec le sourire satisfait du pêcheur responsable.

À retenir

  • Votre geste écolo de remettre à l’eau pourrait vous coûter très cher
  • Une loi de 2016 a semé la confusion, mais les règles strictes subsistent pour certaines espèces
  • La solution alternative existe, et elle pourrait surprendre votre palais

La perche-soleil, ce charmant poison pour nos rivières

Petite, ronde, flamboyante de bleu et d’orange, la perche-soleil a tout du poisson d’aquarium échappé dans la nature. C’est d’ailleurs exactement son histoire : petite et colorée, la perche-soleil a été introduite en Europe au XIXᵉ siècle comme poisson d’ornement. Originaire d’Amérique du Nord, elle s’acclimate parfaitement à nos eaux stagnantes et tièdes, colonisant étangs, gravières, canaux et bras morts de rivière avec une facilité déconcertante.

Le problème, ce n’est pas sa présence en soi, c’est son appétit. Sa compétition avec les espèces autochtones pour la nourriture et l’habitat, sa prédation sur les œufs et alevins d’espèces autochtones, et la modification des équilibres écologiques par sa forte densité dans les milieux qu’elle colonise en font une menace sérieuse pour nos poissons blancs et carnassiers indigènes. Autre point qui a pesé dans la balance réglementaire : sa faible valeur halieutique, de taille modeste, elle prend la place d’espèces patrimoniales sans bénéfice pour la pêche. Un comble pour un poisson qui mord si volontiers.

Ce que dit vraiment le Code de l’environnement

Le garde-pêche a été clair, texte à l’appui sur son téléphone. La perche-soleil a été classée par arrêté dans la liste des espèces animales exotiques envahissantes, et dans le cadre de la pêche, sa remise à l’eau, même immédiate, est donc interdite et pénalement répréhensible en France. Cette bascule réglementaire n’est pas si ancienne : la perche soleil a été classée dans la liste des EEE par l’arrêté du 14 février 2018, consolidé par un ajout du 10 mars 2020.

Concrètement, ce classement va bien au-delà de la simple pêche. Le classement de cette espèce en EEE a pour effet d’en interdire l’introduction en France, la détention, l’utilisation, l’échange, le transport à l’état vivant et la commercialisation. Et la conséquence pour nous, pêcheurs de loisir, tient en une phrase : en matière de police de la pêche, ce nouveau classement a également pour effet d’interdire la remise à l’eau des spécimens pêchés. Sur le plan juridique, c’est l’article L432-10 du Code de l’environnement qui encadre cette interdiction pour les espèces susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques, la liste précise des espèces concernées étant fixée à l’article R432-5.

Ce qui m’a surpris, c’est d’apprendre que je n’étais pas seul dans mon erreur. La loi biodiversité d’août 2016 a assoupli la règle générale sur la remise à l’eau des poissons pêchés, créant une confusion durable chez de nombreux pratiquants. Mais cette souplesse ne concerne jamais les espèces classées EEE : pour elles, la règle reste stricte et sans exception, contrairement à ce que beaucoup imaginent encore aujourd’hui en bord d’eau.

Comment reconnaître la perche-soleil sans se tromper

Avant de sortir le couteau, encore faut-il être certain de son identification. La confusion avec la perche commune (Perca fluviatilis) arrive plus souvent qu’on ne le pense chez les débutants, alors que les critères distinctifs sont pourtant nets. Selon les fiches techniques disponibles, le Perche-Soleil est plus rond, plus coloré, avec des taches bleues irisées et un point rouge sur l’opercule, et n’a pas les rayures verticales noires caractéristiques de la perche commune. Une fois qu’on a l’œil, l’erreur devient quasiment impossible : la silhouette discoïde et cette livrée presque tropicale ne trompent plus personne.

Sur le terrain, ce poisson se rencontre surtout dans des secteurs bien précis. On le retrouve en abondance dans les étangs de Sologne, le long de la Loire et de ses affluents calmes, dans les lacs de Brenne, les canaux du Nord et de Bourgogne, ainsi que dans de nombreux plans d’eau de loisir. Autant de destinations de pêche familiale où la population peut littéralement exploser en quelques saisons, tant sa reproduction est prolifique en eau tiède et peu profonde.

Que faire concrètement une fois la perche-soleil sortie de l’eau

Le garde-pêche a été catégorique sur ce point : une fois capturée, la perche-soleil doit être mise à mort sur place, sans transport vivant vers un seau ou une bourriche destinée à une remise à l’eau différée. Ce n’est pas une simple recommandation de bon sens, c’est une obligation qui découle directement du classement EEE.

La bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que ce poisson ne finit pas forcément à la poubelle. Sa chair est fine et savoureuse, sa petite taille la rend simplement peu rentable à préparer, mais en friture entière ou en papillote, c’est un poisson apprécié des pêcheurs qui pratiquent le tout garder sur les plans d’eau où il est envahissant. J’ai depuis testé la friture entière, écailles retirées, panée légèrement : le résultat surprend agréablement, avec une chair délicate proche de celle de la petite perche.

Certaines fédérations vont plus loin et organisent des opérations de régulation ciblées sur les plans d’eau les plus touchés, avec l’aval des services préfectoraux. Pour un pêcheur lambda, la règle reste simple à retenir sur le terrain : toute perche-soleil qui mord doit terminer dans la glacière, jamais relancée dans le trou d’eau d’où elle vient, même par réflexe de bonne conscience.