Comment tuer un poisson sans le faire souffrir : assommer, saigner et les erreurs à ne plus faire

Un poisson qu’on décide de garder doit être assommé d’un coup franc sur le crâne, puis saigné dans la minute qui suit. Pas étouffé dans un seau, pas laissé battre sur l’herbe, pas piétiné. Le geste prend trois secondes et change tout, pour l’animal comme pour la chair que vous mettrez dans l’assiette.

Les données scientifiques sur la douleur des poissons ont longtemps été discutées, mais plusieurs travaux (dont ceux de la chercheuse Lynne Sneddon sur la truite arc-en-ciel, publiés au début des années 2000) ont montré chez les poissons des récepteurs de la douleur et des réactions comportementales à des stimuli nocifs. Le principe de précaution s’impose donc, et il rejoint l’intérêt du pêcheur.

À retenir
  • Un coup franc sur le crâne, juste au-dessus et en arrière de l’œil, rend le poisson inconscient.
  • La saignée des branchies, faite dans la minute qui suit, achève l’animal et éclaircit la chair.
  • Asphyxie à l’air libre, choc thermique et coups sur le corps prolongent la souffrance.

Assommer : le geste qui doit être franc et immédiat

L’assommoir (un « priest » dans le jargon anglo-saxon) est un petit bâton lesté, en bois dense ou en métal, que l’on trouve pour quelques euros en magasin de pêche. Un manche de tournevis ou un caillou lourd feront l’affaire, mais un outil dédié reste plus sûr et plus précis.

La zone à viser se situe juste au-dessus et légèrement en arrière de l’œil, là où le crâne protège le cerveau. Chez une truite ou un brochet, c’est un point d’une pièce de deux euros environ. Tenez le poisson fermement, idéalement dans un linge humide, et frappez une seule fois, avec la conviction de celui qui veut en finir.

Un coup hésitant est pire que pas de coup.

Pour vérifier que le poisson est inconscient, observez l’œil et les opercules. Un poisson réellement assommé ne cherche plus à se redresser, ses opercules ne battent plus de façon rythmée, et surtout le réflexe vestibulo-oculaire disparaît : si vous retournez doucement le poisson sur le côté, l’œil ne compense plus le mouvement et reste fixe. Un œil qui roule encore pour rester « à l’horizontale » signale un animal conscient, donc un second coup.

Saigner : le complément qui garantit la mort et la qualité

L’assommage seul peut laisser un poisson en état de choc, pas toujours mort. La saignée achève le travail et vide le sang des muscles, ce qui donne une chair plus claire, plus ferme et qui se conserve mieux. Sur un bar ou une dorade, la différence se voit à l’œil nu sur les filets, nettement plus nacrés quand le poisson a été saigné.

Le geste le plus courant consiste à sectionner les branchies, d’un côté ou des deux, avec un couteau bien affûté glissé sous l’opercule. Une autre méthode, très pratiquée pour les salmonidés, coupe l’arc branchial à sa base, près de la gorge. Posez ensuite le poisson tête en bas ou plongez-le dans un seau d’eau fraîche pour que le sang s’évacue en quelques minutes.

Sur les gros spécimens, les marins-pêcheurs pratiquent aussi la section de l’artère caudale, à la base de la queue. Cela demande davantage d’expérience, et pour un pêcheur de loisir, les branchies restent la voie la plus simple et la plus fiable.

L’ordre compte : toujours assommer d’abord, saigner ensuite. Inverser les deux, c’est infliger une blessure à un animal encore pleinement conscient, ce qui est exactement ce que l’on cherche à éviter.

Les erreurs qui reviennent sur les berges

La plus répandue reste l’asphyxie à l’air libre, qui peut durer plusieurs dizaines de minutes selon l’espèce et la température. Un poisson laissé dans un seau sans eau, sur une glacière ou au fond d’une épuisette ne meurt pas vite, il s’épuise. Les carpes, les tanches et les anguilles, dont la résistance à l’hypoxie est élevée, peuvent tenir très longtemps hors de l’eau.

Deuxième erreur : le choc thermique brutal. Jeter un poisson vivant dans la glace n’est pas une mise à mort, et sur les espèces d’eau chaude, la mort par refroidissement est lente. La glace sert à conserver un poisson déjà tué, pas à le tuer.

Troisième piège, plus discret : frapper sur le corps, sur la queue ou contre une pierre. Un poisson cogné sur le flanc se meurtrit, la chair se tache d’hématomes et l’animal reste conscient. J’ai vu un jour un pêcheur frapper trois fois une truite contre un rocher avant de comprendre qu’il visait mal. La truite, elle, avait eu droit à trois coups de trop.

Dernier réflexe à bannir : couper la tête ou éviscérer un poisson encore vivant. Le cœur d’un poisson peut continuer de battre un moment après la section de la tête, et l’absence de mouvement apparent ne prouve pas l’inconscience.

Le cadre français et le choix de garder ou de relâcher

En France, la taille minimale de capture varie selon l’espèce et le milieu : 60 cm pour le brochet en eau douce de première catégorie dans de nombreux départements, 23 cm pour la truite fario dans beaucoup de cours d’eau, mais ces valeurs dépendent des arrêtés préfectoraux et des réglementations locales. Vérifiez toujours la fiche de votre fédération départementale avant de partir. Certaines espèces, comme l’anguille, sont soumises à des restrictions très strictes.

Garder un poisson suppose de pouvoir le tuer proprement sur place. Si vous n’êtes pas prêt à le faire, relâchez-le, avec les mains mouillées, sans le serrer, en le maintenant dans le courant jusqu’à ce qu’il parte de lui-même. Un poisson décroché avec précaution a de bonnes chances de survivre, surtout si l’hameçon est sans ardillon.

Gardez dans le sac un assommoir et un couteau court, et préparez-les avant la première touche : un poisson qui se débat au bout de la ligne n’est pas le moment de chercher son matériel.