Un fil qui vrille a été tordu sur lui-même, tour après tour, jusqu’à former ces petites spirales qui finissent en perruques au lancer suivant. Cinq causes reviennent presque toujours : un frein qui patine, un leurre qui tourne, une bobine mal chargée, un fil enroulé sans tension, ou un poisson qui roule sur lui-même. Chacune se corrige, et le nylon déjà tordu se récupère le plus souvent sans le couper.
- Un frein qui patine fait tourner le rotor dans le vide et tord le fil à chaque tour de manivelle.
- Un leurre qui tourne transmet sa rotation au nylon, que la ligne emmagasine tout au long de la partie.
- Une bobine mal chargée ou un fil enroulé sans tension forme des boucles au lancer suivant.
- Laisser une barque ou un courant dérouler le fil sans leurre suffit souvent à le détordre.
Le frein qui patine et le leurre qui tourne
Sur un moulinet à bobine fixe, c’est le rotor qui dépose le fil sur la bobine, et chaque tour de rotor impose une torsion à ce fil s’il est tendu. Quand le frein cède sous la traction d’un poisson et que tu continues à tourner la manivelle, le rotor tourne dans le vide. Le fil sort de la bobine alors que tu en ajoutes une torsion à chaque tour. Beaucoup de pêcheurs se contentent de ramener coûte que coûte pendant un combat, et c’est la cause numéro un des fils vrillés.
Un moulinet 5,2:1 fait tourner le rotor 5,2 fois par tour de manivelle.
Dix tours de manivelle sur un frein qui patine, c’est donc une cinquantaine de torsions ajoutées au fil sans qu’un centimètre ne soit récupéré. Un seul combat un peu long contre un brochet ou une grosse truite suffit à tordre plusieurs mètres de nylon.
Deuxième suspect : tout ce qui tourne au bout du fil. Les cuillers tournantes sont les plus connues, mais certains shads montés de travers sur une tête plombée, un leurre dur mal réglé ou un ver sur un hameçon décentré font la même chose. La rotation se transmet au fil, qui l’emmagasine silencieusement tout au long de la partie de pêche.
Un émerillon à roulement placé entre le fil principal et le bas de ligne absorbe l’essentiel de cette rotation. Les modèles d’entrée de gamme se grippent sous charge, et la torsion remonte alors dans le nylon comme si l’émerillon n’existait pas.
Bobine mal chargée, fil détendu, poisson qui roule
La mise en bobine est le piège des débutants, et même de pêcheurs expérimentés qui l’expédient entre deux sorties. Pose la bobine de fil à plat, étiquette vers le haut, et regarde comment le fil s’en détache pendant que tu le tires vers toi. S’il forme des boucles à la sortie, retourne la bobine : le fil doit se dérouler comme un fil de couture qui quitte sa canette, sans spirale. Le test prend dix secondes, et il épargne des heures de perruques.
Le chargement lui-même se fait sous tension. Fais passer le fil entre le pouce et l’index, ou à travers un chiffon légèrement humide, pendant que quelqu’un d’autre ou un support fixe retient la bobine d’origine. Un fil enroulé mou s’incruste dans les spires du dessous et part en paquet au lancer, ce qui ressemble à de la vrille sans en être.
Le fil doit s’arrêter à 1 ou 2 mm du rebord de la bobine.
Cinquième cause, plus rare mais bien réelle : certains poissons se débattent en roulant sur eux-mêmes. L’anguille est la reine du genre, et les brochets font de même quand ils attaquent un leurre en tonneaux près de la barque. Chaque tour du poisson ajoute une torsion à la ligne, que l’on ne remarque qu’au lancer suivant.
Détordre le nylon sans le couper
La méthode la plus fiable consiste à laisser l’eau faire le travail. Retire le leurre et l’hameçon, puis déroule la totalité du fil derrière une barque qui avance à vitesse très lente, à la rame ou au moteur électrique. Cinq à dix minutes suffisent généralement. La résistance de l’eau tire sur le fil et le force à se détordre naturellement, sans autre intervention de ta part. Rembobine ensuite sous tension, avec le chiffon humide entre les doigts.
Sans bateau, le courant d’une rivière fait presque aussi bien. Lance ton fil sans leurre dans le sens du courant, laisse-le filer en gardant le frein légèrement serré, et attends que la rotation se dissipe.
Pour vérifier le résultat, laisse pendre quelques mètres de fil lâche. Un nylon bien détordu retombe droit, alors qu’un fil encore tordu s’enroule sur lui-même en spirales régulières. Il faut aussi distinguer la vrille de la mémoire : le fluorocarbone et les gros diamètres gardent la forme de la bobine, ce qui donne de grandes boucles molles, pas de petites spirales serrées. Un fil qui reste ondulé après une bonne traction, qui paraît raide, terne ou rêche sous les doigts, a fini son temps et doit être remplacé.
Prévenir plutôt que détordre
Règle le frein autour du tiers de la résistance nominale du fil, assez serré pour ne pas patiner au moindre coup de tête, assez souple pour protéger le nœud. Quand un poisson tire fort, ne tourne pas la manivelle : laisse-le partir, puis ramène-le en pompant, c’est-à-dire en relevant la canne puis en regagnant le fil en la rabaissant. Cette technique évite les torsions et fatigue moins le matériel.
Le nylon vieillit sous les UV et à l’humidité, même au fond d’une boîte, et beaucoup de pêcheurs réguliers le changent au moins une fois par saison. Le tressé vrille nettement moins, mais un émerillon reste utile au niveau du bas de ligne, car le leurre transmet sa rotation même si le fil principal ne la garde pas.