Un poisson se réanime à l’horizontale, immergé, la tête face au courant, une main sous le ventre et l’autre qui enserre doucement le pédoncule caudal (la « poignée » juste avant la queue). On le maintient ainsi jusqu’à ce qu’il donne un coup de queue franc et cherche à s’échapper de vos doigts. Tant que ses opercules battent mollement ou que son corps penche sur le côté, on ne le lâche pas.
Pendant le combat, les muscles du poisson produisent de l’acide lactique.
- Le poisson se réanime tête face au courant, immergé, une main sous le ventre.
- Des doigts dans les ouïes déchirent les branchies, très vascularisées.
- Un coup de queue franc signale que le poisson est prêt à repartir.
Ce qui se joue dans les minutes après la prise
Hors de l’eau, les lamelles des branchies s’affaissent et se collent entre elles, ce qui réduit brutalement la surface qui capte l’oxygène. Ajoutez un combat de plusieurs minutes, et l’organisme accumule une dette qu’il met du temps à rembourser. Un poisson qui repart vif peut pourtant mourir plusieurs heures plus tard, d’épuisement physiologique, sans que le pêcheur en sache jamais rien. C’est la mortalité différée, bien connue des biologistes de la pêche récréative.
L’eau chaude retient moins d’oxygène dissous que l’eau froide, alors que le poisson épuisé en réclame davantage. Les salmonidés sont les premiers à trinquer : quand une rivière dépasse environ 20 °C, une truite a très peu de marge. Un thermomètre plongé dans l’eau avant de lancer tranche la question, et en plein été, mieux vaut pêcher à l’aube plutôt qu’à 15 heures.
La bonne position, du décrochage à la dernière poussée
Tout commence avant la réanimation proprement dite. Mouillez vos mains, décrochez l’hameçon poisson dans l’eau, et préférez une épuisette à mailles caoutchoutées à un filet rugueux qui arrache le mucus.
Le matériel compte autant que le geste : un fil trop fin pour l’espèce visée prolonge le combat, donc la fatigue. Un brochet réclame un bas de ligne qui résiste à ses dents et permet de le ramener sans s’éterniser. Un bas de ligne adapté, en fluorocarbone ou en acier selon l’espèce, évite aussi qu’un poisson reparte avec le leurre planté dans la gueule.
Une fois le poisson décroché, orientez-le tête à contre-courant, de sorte que l’eau entre par la bouche et traverse les branchies sans effort de sa part. Glissez une main sous le ventre, à hauteur des nageoires pectorales, et refermez l’autre sans serrer sur le pédoncule caudal. Un gros brochet ou une carpe demandent deux mains sous le corps, l’une vers l’avant, l’autre vers l’arrière. Le poisson reste entièrement immergé, branchies comprises, loin d’un fond vaseux ou d’herbiers qui obstrueraient les ouïes.
En rivière, le courant fait presque tout le travail. Choisissez un calme derrière une pierre ou en bordure de veine, là où l’eau circule sans arracher le poisson de vos mains. Dans un fort débit, un sujet épuisé risque d’être emporté à reculons, l’eau frappant alors les ouïes à contresens.
En eau calme, c’est à vous de faire circuler l’eau : tracez un lent huit dans l’eau, le poisson toujours tête en avant. Gardez une main sous le ventre pour qu’il ne s’affaisse pas, et laissez-lui le temps de se redresser de lui-même.
Les gestes qui abîment sans que ça se voie
Serrer le ventre pour le maintenir, c’est comprimer les organes internes et, chez une femelle, les œufs. Des doigts glissés dans les ouïes déchirent les arcs branchiaux, très vascularisés, et une hémorragie sur ces tissus se rattrape rarement. Quant aux mains sèches, aux gants en tissu, à l’herbe ou au fond d’une barque, ils emportent le mucus qui protège la peau, première défense contre des champignons comme la saprolégniose.
Un gros poisson tenu à la verticale supporte mal son propre poids.
Le lancer, parfois pratiqué pour « gagner du temps », fait atterrir le poisson à plat sur l’eau et peut meurtrir ses flancs. Les pressions sur le ventre censées « le faire respirer » risquent surtout de léser la vessie natatoire et les organes.
Pour la photo, retenez une règle simple : le poisson ne quitte l’eau que le temps d’une apnée que vous tenez vous-même. Préparez l’appareil, mouillez-vous les mains, soulevez, déclenchez, remettez à l’eau. Si le poisson est déjà mou dans la main, on oublie le cliché et on passe directement à la réanimation. Un seul trophée vaut-il vraiment la perte d’un beau poisson ? La réponse tient en une inspiration.
Les signes qui disent qu’il est prêt
Le premier indice fiable est le rythme : les opercules s’ouvrent et se ferment à intervalles réguliers, nets, et non plus par spasmes. Viennent ensuite la nageoire dorsale qui se redresse, le corps qui se tient droit dans la main et l’œil qui réagit à votre ombre. Le signe le plus parlant reste un coup de queue puissant qui cherche à se dégager de vos doigts.
S’il bascule sur le flanc quand vous desserrez les doigts, attendez encore.
La durée varie énormément : quelques secondes pour un poisson peu fatigué, plusieurs minutes après un long combat ou dans une eau tiède, et plus encore pour un brochet ou une carpe très combatifs. Je garde en mémoire une truite fario, un soir de septembre, restée molle dans ma paume pendant un temps interminable, avant qu’un frémissement ne parcoure ses flancs et que la caudale ne claque contre mon poignet.
Si le poisson ne revient pas malgré une réanimation soutenue, il peut être conservé à condition de respecter la taille minimale légale et la période d’ouverture, deux données qui varient selon l’espèce et le département (l’arrêté préfectoral fait foi). Pour limiter les réanimations, écrasez l’ardillon de vos hameçons ou prenez-en sans ardillon. Le décrochage se fait en quelques secondes, poisson dans l’eau, et de nombreux parcours no-kill l’imposent d’ailleurs.